{"id":21656,"date":"2015-07-22T00:27:31","date_gmt":"2015-07-21T22:27:31","guid":{"rendered":"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/?p=21656"},"modified":"2015-07-22T00:27:31","modified_gmt":"2015-07-21T22:27:31","slug":"les-mots-de-james-horner-le-nouveau-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/fr\/les-mots-de-james-horner-le-nouveau-monde\/","title":{"rendered":"LES MOTS DE JAMES HORNER : LE NOUVEAU MONDE"},"content":{"rendered":"<div>\n\t<strong><span style=\"font-size:16px;\">Cin&eacute;fonia Magazine, f&eacute;vrier 2006.<\/span><\/strong>\n<\/div>\n<div>\n\t<strong><span style=\"font-size:16px;\">Entretien r&eacute;alis&eacute; par Didier Lepr&ecirc;tre et Jean-Christophe Arlon<\/span><\/strong>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>Cin&eacute;fonia Magazine) A l&#39;arriv&eacute;e, <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/the-new-world\">Le Nouveau Monde<\/a> nous laisse un go&ucirc;t bizarre. Comment tout cela a-t-il r&eacute;ellement commenc&eacute; ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">James Horner) Terrence Malick m&#39;a convi&eacute; &agrave; un rendez-vous, et il m&#39;a expliqu&eacute; <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/the-new-world\"><strong>Le Nouveau Monde<\/strong><\/a> comme un film sur la vie de Pocahontas dans lequel il souhaitait un amalgame total entre la po&eacute;sie, la lumi&egrave;re et la musique: une v&eacute;ritable ode &agrave; la Nature. Je connaissais le style de M. Malick &agrave; travers ses pr&eacute;c&eacute;dents films et je savais qu&#39;il pousserait &agrave; l&#39;extr&ecirc;me ses choix esth&eacute;tiques, qui pour la plupart rejoignaient les miens. A savoir le sens du d&eacute;tail et sa lente exploration, la conception d&#39;une &oelig;uvre sensorielle et picturale, l&#39;&eacute;laboration d&#39;un chemin contemplatif voire onirique, beaucoup de symbolisme&hellip; Tout cela m&#39;a ravi, et m&ecirc;me si je savais que cela allait &ecirc;tre un Chemin de Croix, j&#39;ai tout de suite adh&eacute;r&eacute; au discours de Terrence Malick. J&#39;ai accept&eacute; ce challenge sans la moindre h&eacute;sitation.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) On sait depuis que vos choix n&#39;ont pas &eacute;t&eacute; en symbiose parfaite, loin de l&agrave;. Qu&#39;attendait-il de vous au d&eacute;part ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/cinefonia_17.jpg\" style=\"width: 250px; height: 347px; margin: 5px 10px; float: right;box-shadow: 2px 2px 5px rgba(0, 0, 0, 0.5);\" \/>JH) Que je participe en notes &agrave; la beaut&eacute; de la Nature. &quot;Po&eacute;sie&quot; &eacute;tait un terme qui revenait sans cesse dans sa bouche, et il voulait que la musique remplace les mots. <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/the-new-world\"><strong>Le Nouveau Monde<\/strong><\/a> est un film avec un minimum de dialogue, au pr&eacute;alable m&ecirc;me sans voix-off. La musique, ma musique avait ce r&ocirc;le de &quot;sons de la Nature&quot; &agrave; travers l&#39;amour et la spiritualit&eacute; de Pocahontas. Terrence Malick est quelqu&#39;un qui n&#39;aime pas la lin&eacute;arit&eacute; et il m&#39;a souvent d&eacute;crit sa fa&ccedil;on de filmer: <em>&quot;J&#39;essaie de trouver le meilleur instant pour poser ma cam&eacute;ra et saisir le moment sublime o&ugrave; la po&eacute;sie rencontre l&#39;Absolu. Si ce moment doit durer plusieurs minutes, alors il durera plusieurs minutes !&quot;<\/em>. Ma musique devait envelopper cette contemplation, ce &agrave; quoi j&#39;aspirais tr&egrave;s profond&eacute;ment. Vous comprenez, l&#39;exp&eacute;rience n&#39;&eacute;tait plus seulement cin&eacute;matographique, le moment pr&eacute;sent ouvrait les portes de la Divinit&eacute;, symbolis&eacute;e par cette jeune Am&eacute;rindienne, et devenait spirituel dans tous les sens du terme. Malgr&eacute; nos divergences futures, je trouve ce discours admirable, os&eacute;, unique et vraiment tr&egrave;s beau. Je l&#39;ai transcrit tel que mon c&oelig;ur et mon esprit me l&#39;ont dict&eacute;, et je ressens toujours des frissons rien qu&#39;&agrave; l&#39;&eacute;vocation de ce travail.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) On ne vous cachera pas &ecirc;tre tomb&eacute;s sous le charme de Q&#39;Orianka Kilcher alias Pocahontas: cette jeune actrice nous a litt&eacute;ralement transport&eacute;s. <\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Terrence Malick est un magicien de l&#39;image. Sa fa&ccedil;on de po&eacute;tiser Pocahontas est un ravissement sans faille. Cette jeune femme y a apport&eacute; en plus toute sa fra&icirc;cheur, sa fragilit&eacute; et sa confidentialit&eacute;. Elle m&#39;a conquis aussi, au point d&#39;en faire le point majeur de ma musique. Elle est belle et simple, simplement belle. En nous offrant ces moments d&#39;&eacute;ternit&eacute;, Pocahontas devient encore plus magnifique, et je me suis mis &agrave; r&ecirc;ver devant cette prestation et cette image qu&#39;elle refl&eacute;tait. Q&#39;Orianka Kilcher renvoie d&#39;ailleurs souvent cette image sous forme de symbolisme et d&#39;&eacute;nigme &agrave; travers l&#39;eau &#8211; comme dans la s&eacute;quence d&#39;ouverture, malheureusement &eacute;court&eacute;e par la suite -, une gestuelle, une pudeur, une expression. C&#39;est une v&eacute;ritable princesse de sang, mais surtout une &quot;princesse de lumi&egrave;re&quot;, qui de sa d&eacute;licatesse fait na&icirc;tre les plus grandioses intentions. Elle &eacute;veille nos sens, elle a en tous cas &eacute;veill&eacute; les miens et j&#39;ai calqu&eacute; la plupart de mes harmonies autour d&#39;elle. Spirituellement &agrave; travers une orchestration &quot;onirique&quot;, organiquement &agrave; travers la voix de Hayley Westenra, et th&eacute;matiquement &agrave; travers des motifs compos&eacute;s pour suivre la brise, le vent, l&#39;herbe, ses mains sur les &eacute;pis de ma&iuml;s, tous ses moments &quot;naturels&quot; qui nous rapprochent de son Paradis, et donc du n&ocirc;tre.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Ce &quot;Paradis&quot; est omnipr&eacute;sent dans votre musique et s&#39;installe d&egrave;s les premi&egrave;res secondes de <em>The New World<\/em>. Comment avez-vous approch&eacute; ce son de l&#39;Eden ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Beaucoup de choses sont invers&eacute;es dans ce film, et n&#39;est pas primitif le peuple que l&#39;on croit. De prime abord, on pourrait penser que <\/span><strong><a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/the-new-world\"><span style=\"font-size:16px;\">Le Nouveau Monde<\/span><\/a> <\/strong><span style=\"font-size:16px;\">suivra le parcours de John Smith mais tr&egrave;s vite, j&#39;ai compris que Terrence Malick s&#39;en d&eacute;sint&eacute;resserait peu &agrave; peu. Sa cam&eacute;ra est comme aspir&eacute;e par Pocahontas et, malgr&eacute; ses multiples changements de montage, celui-ci reste elliptique &agrave; souhait. Du coup, la belle Am&eacute;rindienne se fait aussi discr&egrave;te qu&#39;omnipr&eacute;sente et incarne, seule, <strong>Le Nouveau Monde<\/strong>. Du &quot;d&eacute;sar&ccedil;onnement&quot; des premi&egrave;res sc&egrave;nes, on passe par la curiosit&eacute; pour aboutir &agrave; une fascination qui m&#39;a mis dans un &eacute;tat d&#39;apesanteur. De par l&#39;&eacute;conomie de mots, Terrence Malick a voulu que j&#39;incarne la lumi&egrave;re sonore du film et j&#39;ai franchi la barri&egrave;re au-del&agrave; de ce qu&#39;il souhaitait. Selon moi, Pocahontas &eacute;clipse ces deux hommes, John Smith et John Rolfe, elle &eacute;clipse aussi l&#39;histoire autour d&#39;elle, elle &eacute;clipse m&ecirc;me le film puisque nous ne parlons d&eacute;j&agrave; que d&#39;elle. C&#39;est ce qui a contrari&eacute; Terrence Malick, qui s&#39;est aper&ccedil;u au fil de la post-production que les moments d&#39;&eacute;ternit&eacute; qu&#39;il avait tant recherch&eacute;s, il avait fini par les trouver bien plus qu&#39;il ne l&#39;imaginait, mais qu&#39;ils &eacute;taient concentr&eacute;s sur un seul et m&ecirc;me personnage. Le film s&#39;&eacute;coulait donc lentement, limpide et troublant comme l&#39;eau de la rivi&egrave;re, berc&eacute; par les interrogations, les observations et l&#39;introspection de Pocahontas. Pour moi, l&#39;identification musicale &eacute;tait &eacute;vidente, m&ecirc;me si dans mon approche je savais que je sacrifierais quelque peu les autres personnages. Terrence Malick et moi &eacute;tions d&#39;accord sur le principe, maintenant je pense qu&#39;il a sous-estim&eacute; l&#39;impact de Pocahontas dans ses images et dans ma musique. Le &quot;son&quot; de la Nature, c&#39;&eacute;tait celui de l&#39;Am&eacute;rindienne: des oiseaux qui accompagnent son parcours initiatique, la caresse de ses gestes au son du piano, la pudeur d&#39;un langage inconnu traduite par la voix troublante et douce de Hayley, les &eacute;mois et la romance d&#39;une jeune fille narr&eacute;s par la symbolique orchestrale choisie pour que finalement tout cet ensemble se retrouve dans ce son naturel global, cet Eden du Nouveau Monde personnifi&eacute; par la po&eacute;sie et l&#39;int&eacute;rieur existentialiste de Pocahontas. Pocahontas a &eacute;t&eacute; ma voix, celle par qui j&#39;ai &eacute;cout&eacute; le vent, la rivi&egrave;re et la lumi&egrave;re. C&#39;est toujours elle qui a guid&eacute; mon chemin et mon travail sur ce film.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div style=\"text-align: center;\">\n\t<img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/the_new_word5.jpg\" style=\"box-shadow: 2px 2px 5px rgba(0, 0, 0, 0.5);\" \/>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Qu&#39;est-ce qui a d&eacute;termin&eacute; le choix vocal, &agrave; savoir la tr&egrave;s jeune Hayley Westenra ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Je suis son parcours depuis plusieurs ann&eacute;es maintenant. Elle a une voix comme je les aime: vierge et pure. C&#39;est l&#39;un des avantages de sa jeunesse. En &eacute;tant &agrave; l&#39;aise dans le &quot;cross-over&quot;, Hayley touche un peu &agrave; tout: la vari&eacute;t&eacute;, le lied, les chants sacr&eacute;s, l&#39;op&eacute;ra, sans pour autant s&#39;adonner pleinement &agrave; un genre. Elle n&#39;est donc pas &quot;contamin&eacute;e&quot; par une pratique, un style&hellip; Cette virginit&eacute;, c&#39;est aussi un grand atout, et elle a pu facilement s&#39;immerger dans le r&ocirc;le de Pocahontas. Tout en &eacute;tant la voix organique de l&#39;Am&eacute;rindienne, elle a r&eacute;ussi le plus difficile: trouver et atteindre l&#39;introspection. Sa voix est un tr&eacute;sor, et il est regrettable que Terrence Malick en ait eu peur.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) La Norv&egrave;ge, le Pakistan, la Mac&eacute;doine&#8230; et maintenant la Nouvelle-Z&eacute;lande, avec la voix divine de <a href=\"https:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/fr\/collaborations\/hayley-westenra\/\">Hayley Westenra<\/a>. Est-ce une n&eacute;cessit&eacute; pour vous que de &quot;voyager&quot; pour trouver la voix ad&eacute;quate, le timbre unique ? <\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Le voyage est n&eacute;cessaire pour justement trouver cette virginit&eacute; que je d&eacute;sire. Les interpr&egrave;tes am&eacute;ricaines, voire occidentales, sont parfois trop format&eacute;es. De plus, je recherchais une chanteuse soprano et non une soprano chanteuse. Alors je m&#39;&eacute;loigne, je voyage, j&#39;&eacute;coute. Et l&agrave;, je peux tomber sur un folklore traditionnel de <a href=\"https:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/fr\/collaborations\/sissel\/\">Sissel<\/a> en norv&eacute;gien, une pri&egrave;re en latin de <a href=\"https:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/fr\/collaborations\/charlotte-church\/\">Charlotte Church<\/a> ou un chant ancestral interpr&eacute;t&eacute; par Hayley dans la langue des &quot;Haka&quot;. J&#39;&eacute;coute et je m&#39;arr&ecirc;te. Hayley m&#39;a stopp&eacute; net d&egrave;s que j&#39;ai entendu <em>Pokarekare Ana, <\/em>tir&eacute; de son album PURE. Un titre pr&eacute;destin&eacute; ! C&#39;est cristallin, sauvage, po&eacute;tique et, encore une fois, pur. <a href=\"https:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/fr\/collaborations\/sissel\/\">Sissel<\/a> &eacute;tait la glace, <a href=\"https:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/fr\/collaborations\/tanja-tzarovska\/\">Tanja Tzarovska<\/a> le feu, Hayley est, elle, devenue une m&eacute;taphore nominative, la belle &quot;Princesse de Lumi&egrave;re&quot; dans sa vierge Nature.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) La glace des icebergs, le feu de la Gr&egrave;ce Antique&hellip; Comment <a href=\"https:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/fr\/collaborations\/hayley-westenra\/\">Hayley Westenra<\/a> a-t-elle pu se r&eacute;incarner en terre nouvelle ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) On conna&icirc;t peu la Nouvelle-Z&eacute;lande et, toutes proportions gard&eacute;es, ce pays reste un Nouveau Monde &agrave; d&eacute;couvrir. Il a r&eacute;ussi &agrave; garder sa culture, son isolation, ses rites. Cela peut ressembler &agrave; des images d&#39;Epinal, mais les contr&eacute;es de la Nouvelle-Z&eacute;lande &quot;sonnent&quot; frais. Ses ruisseaux sonnent vrais. Ses montagnes sonnent hautes. J&#39;ai l&#39;impression que ce pays permet encore aux herbes de pousser librement, aux fleuves de couler et aux oiseaux de chanter. Hayley est l&#39;un de ces oiseaux. Malgr&eacute; toute la modernit&eacute; de nos mondes respectifs, lorsque je l&#39;entends chanter<em> Pokarekare Ana <\/em>ou <em>Prayer<\/em> de son dernier album, <strong>Odyssey<\/strong>, &#8211; encore un titre pr&eacute;destin&eacute; ! -, je vois Dame Nature s&#39;exprimer. La culture, l&#39;isolation, le rite ancestral&hellip; Hayley poss&egrave;de tout cela car son pays le lui a offert et elle a su s&#39;en impr&eacute;gner. La g&eacute;ographie talentueuse, voil&agrave; aussi ce qu&#39;elle a appris de sa &quot;couleur locale&quot;.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) On ne peut s&#39;emp&ecirc;cher de faire un parall&egrave;le entre Hayley Westenra et Pocahontas: m&ecirc;me jeunesse, m&ecirc;me fra&icirc;cheur, m&ecirc;me po&eacute;sie.<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Il y a m&ecirc;me un rapport physionomique tr&egrave;s surprenant et un lien m&eacute;taphysique non pr&eacute;vu. Une timidit&eacute;, non, plut&ocirc;t une angoisse discr&egrave;te. Une r&eacute;serve aussi, davantage une pudeur. Bref, une v&eacute;ritable fra&icirc;cheur comme vous dites, une fra&icirc;cheur de vie n&eacute;cessaire et bienvenue.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) A travers ses vocalises, Hayley Westenra est-elle seulement la voix de Pocahontas ou aussi celle du monde, toutes &eacute;poques confondues ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Hum, je vous ai dit qu&#39;elle &eacute;tait une &quot;m&eacute;taphore nominative&quot;. Ce qui ne r&eacute;pond pas &agrave; votre question ? (Rires).<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Vous disiez que Terrence Malick a eu &quot;peur&quot; de la voix de Hayley Westenra. Que s&#39;est-il pass&eacute; exactement ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Nous avons peu discut&eacute; ensemble avant que je compose, m&ecirc;me si l&#39;on se voyait souvent. Terrence est quelqu&#39;un de fort peu d&eacute;monstratif et tout se passait en un minimum de mots. Je voyais ses incroyables images et j&#39;&eacute;tais comme fascin&eacute;: les oiseaux, les champs, les arbres, le soleil&hellip; et cette fille qui semblait communier avec tous ces &eacute;l&eacute;ments. L&#39;histoire importait, certes, mais l&#39;int&eacute;r&ecirc;t &eacute;tait ailleurs. Je voulais que le travail de dentelle de M. Malick soit musicalis&eacute; et que le spectateur puisse saisir, explorer et comprendre les sentiments de cette jeune femme &agrave; la perfection. Il fallait instaurer un climat et des couleurs lumineuses pour que, d&egrave;s la premi&egrave;re note, on se dise: <em>&quot;Nous sommes dans le Nouveau Monde. Rien ici n&#39;est comme ailleurs&quot;<\/em>. J&#39;ai &eacute;crit <em>The New World<\/em> tel que vous le connaissez aujourd&#39;hui: <em>&quot;Nous sommes ailleurs en pr&eacute;sence de la &quot;Princesse de Lumi&egrave;re&quot;, de Pocahontas&quot;, <\/em>me r&eacute;p&eacute;tait une petite voix. Terrence &eacute;tait favorable &agrave; la vocalisation de la Nature, Hayley et les oiseaux, et j&#39;ai d&#39;abord travaill&eacute; sur le g&eacute;n&eacute;rique. L&#39;introduction avec Pocahontas &eacute;tait plus cons&eacute;quente et sans dialogue. Il y avait un long plan sur un lever de soleil, puis la cam&eacute;ra tournait autour de l&#39;Am&eacute;rindienne, laquelle implorait le soleil, puis elle plongeait dans l&#39;eau et l&agrave;, le g&eacute;n&eacute;rique commen&ccedil;ait. Tous ces plans existent toujours, mais ils ont &eacute;t&eacute; dispers&eacute;s avant \/ apr&egrave;s les cr&eacute;dits et surtout raccourcis. Imaginez cependant la beaut&eacute; de cette ouverture originelle. Nous sommes ailleurs en pr&eacute;sence de la &quot;Princesse de Lumi&egrave;re&quot; et des oiseaux, n&#39;oubliez pas. Le d&eacute;cor &eacute;tait l&agrave;: le sensoriel, le pictural, le sonore, le po&eacute;tique&hellip; r&eacute;unis dans une pr&eacute;sentation vocale, une invitation au voyage, une invitation aux moments d&#39;&eacute;ternit&eacute; de M. Malick. C&#39;est exactement la fonction des quatre premi&egrave;res minutes de <em>The New World<\/em>: le corps, l&#39;eau, la lumi&egrave;re&hellip; avant que le cor annonce l&#39;arriv&eacute;e des Anglais via le g&eacute;n&eacute;rique conserv&eacute;, il est vrai. Il me fallait cette pr&eacute;sentation, cette introduction et, de l&agrave;, l&#39;ensemble du discours sonore pouvait commencer. Des semaines apr&egrave;s avoir avalis&eacute; ce sch&eacute;ma, Terrence Malick a d&eacute;cid&eacute; de revoir la place de Pocahontas dans le film au point de le raccourcir de plusieurs dizaines de minutes, et surtout de hacher certaines s&eacute;quences mont&eacute;es &agrave; l&#39;origine telles des po&eacute;sies sensorielles. J&#39;ai accept&eacute; de &quot;refaire&quot; <em>The New World<\/em> mais la pr&eacute;cision, la coh&eacute;sion et tout bonnement la pr&eacute;sentation en &eacute;taient fort alt&eacute;r&eacute;es. Je l&#39;ai pr&eacute;sent&eacute; &agrave; M. Malick, lequel a sembl&eacute; davantage convaincu. La caract&eacute;risation de ma musique du <strong>Le Nouveau Monde<\/strong>, bien que r&eacute;duite, &eacute;tait toujours l&agrave;. Finalement, il n&#39;a gard&eacute; qu&#39;un minimum.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Vous continuez par <\/strong><em><strong>First Landing<\/strong><\/em><strong>, l&#39;arriv&eacute;e des colons anglais, remplac&eacute; finalement par le <\/strong><em><strong>Pr&eacute;lude<\/strong><\/em><strong> de L&#39;OR DU RHIN de Richard Wagner.<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) <em>First Landing<\/em> suivait le climat de l&#39;ouverture, tout en graduant symphoniquement l&#39;arriv&eacute;e des Anglais. Elle regardait, Pocahontas regardait. Inqui&egrave;te. C&#39;est pour cela que l&#39;harmonie use de la distanciation et de la r&eacute;verb&eacute;ration. L&#39;agencement est aussi tr&egrave;s caract&eacute;ristique en proposant un fort sens rituel, un cycle &agrave; travers les cors et une tonalit&eacute; toute pastorale. Je voulais &ecirc;tre neutre, que la musique soit &quot;indolente&quot; et sans dimension aucune d&#39;apoth&eacute;ose. Le somptueux <em>Pr&eacute;lude<\/em> de <strong>L&#39;Or du Rhin<\/strong> offre cette dimension d&#39;apoth&eacute;ose, et je ne trouve pas que cela soit appropri&eacute;. On sort de la vision de Pocahontas. On sort de la vision d&#39;acteur pour n&#39;&ecirc;tre que spectateur. Sur une &oelig;uvre aussi belle, je consid&egrave;re cela comme un &eacute;chec. L&#39;intelligence de la brume t&eacute;n&eacute;breuse de Richard Wagner n&#39;est nullement en cause, mais la tonalit&eacute; poignante, le crescendo virtuose n&#39;ont que faire ici. <strong>L&#39;Or du Rhin<\/strong> est une &oelig;uvre automnale, alors que cette s&eacute;quence demandait une vision plus printani&egrave;re. A cet instant, Pocahontas regarde. Sans juger, ni pr&eacute;juger, elle regarde.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div style=\"text-align: center;\">\n\t<img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/the_new_word1.jpg\" style=\"box-shadow: 2px 2px 5px rgba(0, 0, 0, 0.5);\" \/>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) On passe ensuite &agrave; <\/strong><em><strong>An Apparition In The Fields&hellip;<\/strong><\/em><strong>, la rencontre entre Pocahontas et John Smith.<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Je suis content que Terrence ai laiss&eacute; la musique accompagnant Colin Farrell d&eacute;couvrant les champs du Nouveau Monde. Je n&#39;ai pu l&#39;inclure sur le disque car celui-ci &eacute;tait arriv&eacute; &agrave; saturation de temps, mais l&#39;encha&icirc;nement avec <em>An Apparition In The Fields&hellip;<\/em> &eacute;tait magique et amenait l&#39;altitude souhait&eacute;e pour comprendre la future relation et le titre suivant, <em>A Flame Within<\/em>, qui du coup s&#39;est agenc&eacute; diff&eacute;remment sur l&#39;album. L&agrave; encore, Terrence Malick a raccourci la s&eacute;quence et c&#39;est fort dommage. J&#39;avais d&eacute;cid&eacute; d&#39;utiliser le silence lorsque Pocahontas et son fr&egrave;re jouent dans les herbes et de commencer le titre d&egrave;s que le regard de l&#39;Am&eacute;rindienne croise celui de John Smith. Cet &eacute;change durait une minute et c&#39;&eacute;tait cr&eacute;pusculaire, myst&eacute;rieux, noble, profond. J&#39;&eacute;tais b&eacute;at devant une telle sc&egrave;ne. Deux regards et un clavier qui chante. J&#39;avais un tableau de Ma&icirc;tre devant moi, avec cette lumi&egrave;re naturelle qui ber&ccedil;ait leur observation, le vent qui effleurait leurs corps. C&#39;&eacute;tait une s&eacute;quence magistrale. Puis Hayley entamait leur premier dialogue, leur premier &eacute;change d&#39;amour tout en d&eacute;licatesse. Je voulais qu&#39;elle adopte un timbre touchant, en retrait, quasiment ing&eacute;nu, de mani&egrave;re que sa petite voix esquisse comme un sourire d&#39;une infinie douceur. Le th&egrave;me continuait et se r&eacute;p&eacute;tait. L&#39;idylle &eacute;tait l&agrave; face &agrave; moi, sans que rien ne transparaisse autrement qu&#39;&agrave; travers ma musique. Ces regards, ces longs plans de d&eacute;couverte, j&#39;avais la sensation de les avoir saisis en faisant se rencontrer le corpus fondateur de la musique, le piano et la voix nue de Hayley. Malheureusement, Terrence Malick est revenu sur ses premi&egrave;res intentions et a pr&eacute;f&eacute;r&eacute; le silence pour &quot;narrer&quot; leur rencontre, utilisant m&ecirc;me un extrait tronqu&eacute; du <strong>Concerto pour piano n&deg;23<\/strong> de Wolfgang Amadeus Mozart en guise d&#39;accompagnement des joies fraternelles de Pocahontas. Je ne comprends toujours pas ! Avant le mixage final, Terrence Malick a voulu r&eacute;int&eacute;grer ce morceau en le faisant partir d&egrave;s le d&eacute;part de la sc&egrave;ne, avant m&ecirc;me que John Smith n&#39;apparaisse, et a voulu l&#39;utiliser sans la voix de <a href=\"https:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/fr\/collaborations\/hayley-westenra\/\">Hayley Westenra<\/a>. J&#39;ai refus&eacute;. La musique est redevenue silence.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Pocahontas vous a r&eacute;unis, Terrence Malick et vous. C&#39;est aussi elle qui vous a s&eacute;par&eacute;s !<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) On peut le dire ainsi.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Parlez-nous de <\/strong><em><strong>A Flame Within<\/strong><\/em><strong>, un p&eacute;tale de &quot;rose&quot; de plus dans votre carri&egrave;re.<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Terrence Malick n&#39;a pas jug&eacute; bon de laisser les premiers &eacute;mois de Pocahontas, qui surviennent alors que John Smith se trouve dans le camp du chef Powhatan, et c&#39;est tr&egrave;s frustrant. Il y avait un magnifique plan o&ugrave; la belle Am&eacute;rindienne marchait pieds nus sur un arbre puis croisait &agrave; nouveau le regard du colon. L&#39;idylle n&#39;&eacute;tait plus naissante mais bien vivante. La flamme, bien qu&#39;int&eacute;rieure, jaillissait ! En gardant son calibrage d&#39;une minute, Terrence Malick montrait l&#39;appel de Pocahontas envers cet homme, puis encha&icirc;nait superbement vers leur relation &quot;naturelle&quot;. Il observe. Elle vagabonde. Il r&eacute;fl&eacute;chit. Elle erre au gr&eacute; du vent. Il m&eacute;dite. Elle ouvre ses bras vers le soleil. Comme tout &agrave; l&#39;heure, j&#39;ai voulu commencer &agrave; la crois&eacute;e des regards. Hayley appelle cet homme. Avec toute la sinc&eacute;rit&eacute; de sa voix int&eacute;rieure, elle appelle encore et encore. C&#39;est un chant de d&eacute;votion. Puis John Smith r&eacute;pond en musique, et l&#39;&eacute;treinte musicale peut prendre forme. Pour la premi&egrave;re fois, le th&egrave;me de Pocahontas se fait distinct et lance les cordes r&ecirc;veuses. C&#39;&eacute;tait le moment id&eacute;al, Terrence Malick ayant capt&eacute; la l&eacute;vitation de l&#39;instant. A mon tour alors de lancer le th&egrave;me de Pocahontas, une m&eacute;lodie o&ugrave; la simplicit&eacute; se m&eacute;lange &agrave; la nudit&eacute; et au raffinement si intimement entrem&ecirc;l&eacute;s. A la fin, il n&#39;y a m&ecirc;me plus de corps, il n&#39;y a que des vibrations et des sensations. Puis un soupir, puis le silence. John Smith et Pocahontas apprennent &agrave; communiquer. Leur dialogue phon&eacute;tique devient musique. Celle-ci ne reprendra que bien des sc&egrave;nes plus tard, lorsque l&#39;Am&eacute;rindienne offrira une plume de ses cheveux au colon. La d&eacute;claration est faite, place aux arabesques pianistiques tr&egrave;s sobres que M. Malick m&#39;avait demand&eacute;es d&#39;&eacute;crire et dont il reste quelques effluves dans la version finale. Pas besoin d&#39;&eacute;panchements lyriques, les images se suffisent &agrave; elles-m&ecirc;mes. Seul subsiste le son fragile du piano affectif en guise d&#39;illustration. L&agrave; aussi, le disque n&#39;avait plus assez de place, mais il aurait &eacute;t&eacute; int&eacute;ressant de confronter ce titre de trois\/quatre minutes avec<em> An Apparition In The Fields&hellip; <\/em>enla&ccedil;ant<em> A Flame Within. <\/em>Dommage. Leur idylle &eacute;tant d&eacute;couverte, John Smith sera expuls&eacute; du camp. A d&eacute;cision radicale, changement abrupt. On redescend sur terre et l&#39;on retrouve l&#39;orchestre et son expression tragique. <em>Journey Upriver<\/em> entame le d&eacute;clin de la relation puis le d&eacute;part du colon. En opposition &agrave; la teinte li&eacute;e &agrave; Pocahontas, j&#39;ai mis en avant la densit&eacute; nonchalante de John Smith par des passages syncop&eacute;s, pr&eacute;sentant les cors sous un jour quasi funeste. Cela avait l&#39;avantage de rendre &agrave; la th&eacute;matique un r&ocirc;le d&#39;affect pr&eacute;cis et de permettre l&#39;usage du sostenuto, toujours en syncope, en guise de contrepoint, en canalisant tout effet d&#39;inflexions. La musique devenait &quot;nocturne&quot;, raccompagnant le colon &agrave; son fort d&#39;origine. Le grandiose des choses simples comme sait le faire Terrence Malick dans ses premi&egrave;res intentions. Malheureusement, tout a vol&eacute; en &eacute;clat et cette construction est partie en fum&eacute;e. Ce discours &eacute;tait an&eacute;anti par l&#39;inversion de toutes les s&eacute;quences, et Terrence s&#39;est r&eacute;fugi&eacute; &agrave; nouveau dans les m&ecirc;mes extraits classiques, &ocirc; combien loin de la v&eacute;rit&eacute;. Si la partie pianistique du concerto de Wolfgang Amadeus Mozart pouvait se fondre avec les images, les cordes &eacute;taient elles d&#39;un lyrisme cin&eacute;matographique complaisant et, &agrave; nouveau, fort inappropri&eacute;. Je ne mentionnerai m&ecirc;me pas le travestissement de <strong>L&#39;Or du Rhin<\/strong>, tant il est hors-sujet et anormalement vid&eacute; de ses qualit&eacute;s spirituelles.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) L&#39;hiver arrive. La premi&egrave;re partie de <\/strong><em><strong>Winter &#8211; Battle<\/strong><\/em><strong> devrait &ecirc;tre l&agrave;, et pourtant, c&#39;est une toute autre musique que l&#39;on entend.<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) En fait, la musique que vous entendez lorsque Pocahontas et John Smith se retrouvent &eacute;tait bien celle que j&#39;avais &eacute;crite &agrave; l&#39;origine. A nouveau, les moments d&#39;&eacute;ternit&eacute; de Terrence Malick sont stup&eacute;fiants, et tout est dit dans ces regards, troisi&egrave;me partie. J&#39;ai pris l&#39;axe de l&#39;intimit&eacute; et j&#39;ai rendu le mouvement le plus touchant possible. Comme pr&eacute;c&eacute;demment, la musique devait &ecirc;tre &quot;fragile&quot; et discr&egrave;te. Ce qui a plu &agrave; M. Malick. Par contre, l&#39;introduction de <em>Winter &#8211; Battle<\/em> a &eacute;t&eacute; supprim&eacute;e et je le regrette. Vous comprenez, je m&#39;attendais &agrave; ces moments absolus de leur retrouvailles et j&#39;ai jug&eacute; opportun d&#39;anticiper leur discr&eacute;tion par une chaleur toute spirituelle. Dans la sc&egrave;ne ou Pocahontas se dirige vers le fort, j&#39;ai demand&eacute; &agrave; Hayley d&#39;appeler au secours et elle a su rendre sa voix interrogative comme un appel de d&eacute;tresse. Durant ce long cheminement, Pocahontas, emmitoufl&eacute;e dans son manteau d&#39;hiver, se r&eacute;chauffe en sachant qui elle va revoir et pourquoi. J&#39;ai bien expliqu&eacute; &agrave; Hayley cette vision anticip&eacute;e, cette approche mystique. Nous repartons aux Cieux ! La lenteur de la d&eacute;marche de Pocahontas dans le froid allait merveilleusement avec la chaleur de la musique, et comme sur <em>A Flame Within<\/em>, la musique s&#39;arr&ecirc;tait o&ugrave; la r&eacute;alit&eacute; charnelle commen&ccedil;ait. Terrence Malick a trouv&eacute; que la dimension onirique &eacute;tait trop pr&eacute;sente et que l&#39;intime n&#39;&eacute;tait pas sacralis&eacute; comme il le d&eacute;sirait. S&#39;il comprenait l&#39;Eden, en revanche il n&#39;aimait pas sa sonorit&eacute; trop g&eacute;n&eacute;reuse. C&#39;est son choix, et forc&eacute;ment cela a influ&eacute; sur <em>Of The Forest<\/em> qui, du coup, a perdu sa connexion avec <em>Winter &#8211; Battle<\/em>.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Pour &eacute;crire un morceau comme <\/strong><em><strong>Of The Forest<\/strong><\/em><strong>, il faut avoir &eacute;t&eacute; une feuille, une branche, un arbre, un oiseau, il faut avoir &eacute;t&eacute; une for&ecirc;t ! Ou il faut &ecirc;tre l&#39;auteur de <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/the-spitfire-grill\">The Spitfire Grill<\/a>. Ce morceau est-il votre tribut &agrave; la beaut&eacute; et la virginit&eacute; du monde quand il est pr&eacute;serv&eacute; de la civilisation ? <\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Je suis plus s&ucirc;rement l&#39;auteur de <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/the-spitfire-grill\"><strong>The Spitfire Grill<\/strong><\/a><strong> <\/strong>mais, quelque part, je suis spirituellement cet arbre, cet oiseau, ne serait-ce que pour croire &agrave; la M&egrave;re Nature. Et j&#39;y crois. Mais plus que la Nature, il y a l&#39;Amour et la Nature. Et c&#39;est pr&eacute;cis&eacute;ment l&#39;intention de <em>Of The Forest<\/em>. Apr&egrave;s les retrouvailles de <em>Winter &#8211; Battle<\/em>, le printemps arrive et en un plan, Terrence Malick nous transporte dans la saison propice. Une fleur, un champ, des oiseaux. Pocahontas qui sort des bois pour enlacer son bien-aim&eacute;. Rien de pu&eacute;ril, rien de sirupeux, M. Malick capte simplement le &quot;divin&quot;. L&agrave;, j&#39;ai pens&eacute; qu&#39;il &eacute;tait de mon devoir de suivre ce divin et d&#39;entrer dans une phase de &quot;l&eacute;vitation&quot; musicale. <em>Winter &#8211; Battle<\/em> a enclench&eacute; l&#39;atmosph&egrave;re r&ecirc;veuse et les sonorit&eacute;s caressantes, <em>Of The Forest<\/em>, c&#39;est l&#39;acte lui-m&ecirc;me. Tout en restant tr&egrave;s prude, l&#39;acte existe et la for&ecirc;t, les oiseaux, les feuilles&hellip; tout cela conjugue l&#39;exotisme divin au pr&eacute;sent. On pensera ce que l&#39;on veut, l&#39;esth&eacute;tique de ce morceau est int&egrave;gre et offre ce que j&#39;esp&eacute;rais: la pl&eacute;nitude de l&#39;instant dans un d&eacute;licieux m&eacute;lange de d&eacute;licatesse et de tendresse, et ce dans un cadre sacr&eacute;. Evidemment, Terrence Malick n&#39;a finalement pas retenu ce choix, mais n&#39;a pas fonci&egrave;rement chang&eacute; ces s&eacute;quences particuli&egrave;res. Il m&#39;a demand&eacute; de composer un accompagnement l&eacute;ger au piano pour les &eacute;treintes et je me suis ex&eacute;cut&eacute;. C&#39;est s&ucirc;rement tr&egrave;s beau, mais le niveau des couleurs est loin d&#39;&ecirc;tre le m&ecirc;me. Par contre, l&#39;encha&icirc;nement avec <em>Pocahontas And Smith<\/em> est lui d&#39;origine, m&ecirc;me si encore on ne retrouve des bouts qu&#39;ici et l&agrave;. Apr&egrave;s l&#39;illumination, place &agrave; la r&eacute;alit&eacute; et au choc culturel. L&#39;orchestre reprend le pas sur les perspectives et les surprises harmoniques et ce titre sonne comme le glas de leur qu&ecirc;te d&#39;amour. L&agrave;, Terrence Malick a beaucoup aim&eacute; car ce calme orchestral lui sied parfaitement. Je trouve au contraire que rien ne vaut les contrastes et les nuances. Soit. <em>Of The Forest<\/em> est-il ce que vous pr&eacute;tendez qu&#39;il soit ? J&#39;aimerais beaucoup.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div style=\"text-align: center;\">\n\t<img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/the_new_word3.jpg\" style=\"box-shadow: 2px 2px 5px rgba(0, 0, 0, 0.5);\" \/>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Nous sommes forc&eacute;ment surpris d&#39;entendre des bribes ici et l&agrave; de <\/strong><em><strong>Pocahontas And Smith,<\/strong><\/em><strong> un peu partout dans la seconde moiti&eacute; du film, y compris lors de s&eacute;quences avec Christian Bale (John Rolfe).<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Non, non. J&#39;aurais d&ucirc; appeler <em>Pocahontas And Smith, For The Love Of A Princess,<\/em> mais c&#39;&eacute;tait d&eacute;j&agrave; pris (rires). Ce th&egrave;me est vraiment celui de l&#39;Am&eacute;rindienne et de sa nouvelle r&eacute;alit&eacute;. Qu&#39;il soit repris pour suivre le parcours amoureux de Pocahontas ne me g&ecirc;ne pas, au contraire.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Olivier Messiaen s&#39;est largement inspir&eacute; de chants d&#39;oiseaux dans ses compositions, mais vous allez plus loin dans le sens o&ugrave; vous les utilisez comme un &eacute;l&eacute;ment d&#39;orchestration, et non comme une imitation. Dans quelle optique les avez-vous incorpor&eacute;s, et pourquoi dans <\/strong><em><strong>Of The Forest<\/strong><\/em><strong> en particulier ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Le son est une musique lorsqu&#39;il sort de la technique pour rentrer dans l&#39;esth&eacute;tique voulue. Je d&eacute;sirais pour ces moments d&#39;absolu d&#39;autres couleurs, d&#39;autres paysages encore plus lumineux, et j&#39;ai trouv&eacute; que cette traduction de la pl&eacute;nitude &eacute;tait juste, naturelle et fort spirituelle. Non seulement l&#39;instant devenait singulier mais, en plus, il devenait v&eacute;g&eacute;tal, organique et pictural. L&#39;alliage &eacute;tait expressif, forc&eacute;ment, mais aussi po&eacute;tique et subliminal. Ces chants d&#39;oiseaux n&#39;ont rien de d&eacute;coratif, ils offrent d&#39;autres reliefs et reflets, d&#39;autres visions. Ils les suscitent m&ecirc;me.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Vous revenez &agrave; des couleurs plus sombres avec <\/strong><em><strong>Forbidden Corn<\/strong><\/em><strong>.<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) La brisure annonce la d&eacute;chirure. Terrence Malick voulait une ornementation sans surcharge expressive et nous &eacute;tions d&#39;accord. Voir Pocahontas seule dans la for&ecirc;t demandait une musique m&eacute;ditative. De la sculpture, nous revenions au dessin. Le jour a c&eacute;d&eacute; sa place &agrave; la nuit et l&#39;orchestre pouvait reprendre son parcours nocturne. <em>Forbidden Corn<\/em> est un titre tr&egrave;s long car j&#39;ai tenu &agrave; ce que le changement de climat po&eacute;tique soit accompagn&eacute; de musique, de bout en bout. Les oiseaux se sont tus, le soleil s&#39;est couch&eacute;. Place &agrave; la musique, &agrave; cette musique li&eacute;e &agrave; la m&eacute;ditation et &agrave; la d&eacute;cision. Et j&#39;en ai bav&eacute; ! Ce fut tr&egrave;s difficile d&#39;obtenir cette sophistication sur la longueur. J&#39;ai pass&eacute; des semaines sur ce morceau. Je ne voulais pas &quot;l&acirc;cher&quot; Pocahontas mais parall&egrave;lement, il fallait que je prenne un certain recul, d&#39;o&ugrave; l&#39;utilisation r&eacute;p&eacute;t&eacute;e de cordes contrapuntiques de mani&egrave;re &agrave; ritualiser un cycle. L&#39;ensemble final me para&icirc;t coh&eacute;rent, car <em>Forbidden Corn<\/em> propose un r&eacute;el d&eacute;veloppement, un crescendo non abouti mais qui rebondira plus tard. La seconde construction de la belle Am&eacute;rindienne peut prend racine, car ce titre est pour elle, uniquement pour elle. Durant cette s&eacute;quence, j&#39;ai &eacute;t&eacute; interpell&eacute; par John Smith, qui conclut que cette for&ecirc;t de la future Virginie n&#39;est pas le monde. M&ecirc;me s&#39;il a logiquement raison, spirituellement je ne voulais pas le croire. Et j&#39;ai traduit ce sentiment de trouble dans <em>Forbidden Corn,<\/em> l&#39;alliance de ces deux extr&ecirc;mes qui se s&eacute;parent. La conclusion est tout aussi imag&eacute;e. J&#39;ai demand&eacute; &agrave; Hayley de pr&eacute;venir de la brisure de l&#39;Am&eacute;rindienne, d&#39;implorer la raison m&ecirc;me si cela est annonciateur de la d&eacute;chirure des Hommes. La bataille peut commencer. Plus terre &agrave; terre, dans <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/the-new-world\"><strong>Le Nouveau Monde<\/strong><\/a>, la parcimonie a r&eacute;gn&eacute; en ma&icirc;tre, mais quoi qu&#39;il en soit, je suis tr&egrave;s fier d&#39;avoir &eacute;crit <em>Forbidden Corn<\/em>, de vous l&#39;expliquer et que vous puissiez l&#39;entendre non d&eacute;mantel&eacute;. On reprend: la bataille peut commencer.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Dans la deuxi&egrave;me partie de <em>Winter &#8211; Battle<\/em>, vous renouez pour la premi&egrave;re fois depuis 10 ans avec la &quot;musique d&#39;action&quot; de <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/braveheart\">Braveheart<\/a>, mais avec un point de vue tout &agrave; fait diff&eacute;rent, plus d&eacute;tach&eacute;, plus abstrait. Est-ce votre choix, et comment se justifie-t-il dans <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/the-new-world\">Le Nouveau Monde<\/a> ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) C&#39;est totalement mon choix. La barbarie des images devait se traduire par une certaine forme de sauvagerie dans la musique, mais je voulais conserver le recul dont on vient de parler. Terrence Malick, lui, voulait une musique apaisante qui contrebalancerait les images. J&#39;ai donc adopt&eacute; un axe plus abstrait comme vous dites, tribal, primitif, brutal, pour que le &quot;son&quot; fasse une descente s&eacute;pulcrale dans les ab&icirc;mes de la violence. Gardant la vision de Pocahontas, j&#39;ai demand&eacute; &agrave; Hayley d&#39;interf&eacute;rer dans la d&eacute;sincarnation de <em>Winter &#8211; Battle<\/em>, comme si elle &eacute;tait t&eacute;moin du carnage et qu&#39;elle criait: <em>&quot;Assez !&quot;<\/em>. Au niveau du d&eacute;tachement, je crois que cela vient bien volontiers de la tessiture suraigu&euml; que j&#39;ai choisie et de la notation rythmique. Sur un morceau comme celui-l&agrave;, les proportions sont tr&egrave;s exigeantes car elles soul&egrave;vent la modalit&eacute;, le tempo et leurs transparences. Au d&eacute;part, la bataille devait &ecirc;tre muette et la complexification du tissu instrumental se justifiait parfaitement. En fin de compte, Terrence Malick a fait beaucoup de compromis avec lui-m&ecirc;me, d&eacute;sarmant l&#39;intention musicale de la bataille. C&#39;est son choix.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Dans <\/strong><em><strong>All Is Lost, <\/strong><\/em><strong>que repr&eacute;sente le crescendo final, scand&eacute; par le piano puis par les cordes, d&eacute;j&agrave; esquiss&eacute; dans <\/strong><em><strong>Forbidden Corn <\/strong><\/em><strong>? C&#39;est une d&eacute;chirure, mais avec laquelle vous semblez prendre une certaine distance, comme pour marquer sa gravit&eacute; et son universalit&eacute;. Dans un sens, ce n&#39;est que le d&eacute;but des ravages du progr&egrave;s. Vous ne jouez pas seulement sur l&#39;&eacute;motion, mais sur la raison, la prise de conscience.<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Le titre est tr&egrave;s sombre, et cela ne refl&egrave;te pas totalement mon intention. Je dirais que la seconde partie de votre question est int&eacute;ressante car le progr&egrave;s, la prise de conscience est votre m&eacute;taphore de l&#39;entr&eacute;e dans la civilisation de Pocahontas. Apr&egrave;s son renvoi, la belle Am&eacute;rindienne trouve refuge dans le fort des colons. Elle trouve aussi refuge dans la langue anglaise, dans les robes, dans les institutions, mais en m&ecirc;me temps elle perd ses rep&egrave;res et sa gr&acirc;ce naturelle. Terrence Malick montre habilement cette transformation, cette conscience troubl&eacute;e, affaiblie. <em>All Is Lost<\/em> propose de ce fait un long lento central avec th&egrave;me et variations. On reste dans la couleur de <em>Forbidden Corn,<\/em> car la brisure s&#39;intensifie. Certains effluves de cordes continuent &agrave; jaillir lors d&#39;&eacute;treintes spontan&eacute;es, mais la d&eacute;chirure est in&eacute;vitable. Le subliminal n&#39;existe plus, le son de la Nature a chang&eacute;, l&#39;Eden est tout autre. Musicalement, la d&eacute;chirure devait &ecirc;tre consomm&eacute;e et j&#39;ai fait appel &agrave; ce crescendo, cette d&eacute;clamation fond&eacute;e sur la m&eacute;trique originelle de la &quot;Princesse de Lumi&egrave;re&quot; pour couper le cordon ombilical. Sans accentuation, sans d&eacute;monstration, sans dogme cher &agrave; Terrence Malick, je m&#39;approprie toujours l&#39;aspect idiomatique de Pocahontas. Mais vous avez raison, je &quot;l&#39;universalise&quot;. Hayley retrouve alors son &acirc;me pour un dernier adieu &agrave; John Smith. Tout semble perdu.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Sauf que l&#39;&acirc;me ne meurt jamais, et l&#39;esprit de Pocahontas rena&icirc;tra gr&acirc;ce &agrave; un autre homme.<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) <em>Rolfe Proposes<\/em> est le d&eacute;but d&#39;un autre film, l&agrave; o&ugrave; tout en &eacute;tant relatif, Terrence Malick excelle un peu moins, je dois l&#39;avouer. Je le lui ai dit sans r&eacute;action de sa part. L&#39;arriv&eacute;e de John Rolfe glace encore plus l&#39;Eden disparu et annonce la &quot;civilisation&quot;. Christian Bale est remarquable de justesse, mais c&#39;est la froideur des images qui me g&ecirc;ne. Elles semblent moins magiques, sans le g&eacute;nie pictural qui me faisait chavirer. On entend bien le chant d&#39;un oiseau dans le fort, mais celui-ci ne semble pas sinc&egrave;re. Les champs sont toujours aussi grands, les herbes aussi hautes, mais quelque chose a pris fin. Cin&eacute;matographiquement, le virage aurait pu &ecirc;tre plus flagrant, alors que j&#39;ai l&#39;impression d&#39;une continuit&eacute; qui n&#39;en est pas une. C&#39;est mon c&oelig;ur qui parle, et la distance que vous &eacute;voquiez n&#39;est pas mise &agrave; jour aussi nettement que je l&#39;aurais cru. <em>Rolfe Proposes,<\/em> qui est sur l&#39;album, a &eacute;t&eacute; &eacute;crit pour les images que j&#39;aurais aim&eacute; voir: une Pocahontas triste mais plus constructive, une Pocahontas affect&eacute;e mais plus vivante. Je ne l&#39;ai m&ecirc;me pas propos&eacute; &agrave; Terrence Malick et j&#39;ai compos&eacute; un &quot;autre&quot; <em>Rolfe Proposes<\/em> plus discret, faisant appel &agrave; un piano moins espressivo. J&#39;ai vu et revu les derni&egrave;res minutes de Pocahontas sur sa terre vierge, et j&#39;ai compos&eacute; face &agrave; ces images en direct. J&#39;ai &eacute;crit encore et encore jusqu&#39;&agrave; ce que je trouve les notes justes de la dignit&eacute; de Christian Bale, jusqu&#39;&agrave; ce que je trouve l&#39;&eacute;l&eacute;gie de la fragilit&eacute; de Pocahontas. Nous &eacute;tions tous les trois sans consid&eacute;rations musicologiques ou stylistiques. Juste de l&#39;affection entre un compositeur, une princesse et un homme. M. Malick a bien s&ucirc;r approuv&eacute; ce genre de retenue, qui &eacute;tait plus en phase avec ses pr&eacute;c&eacute;dents choix. Pour ma part, je reste fid&egrave;le au discours plus expansif de ma partition et &agrave; son implication morale et physique.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Le film s&#39;ach&egrave;ve en Angleterre avec de nouvelles reprises des m&ecirc;mes extraits classiques cassant toute magie, si magie il y avait. <\/strong><em><strong>A Dark Cloud Is Forever Lifted<\/strong><\/em><strong> est ainsi rest&eacute; dans les brumes de Londres !<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) J&#39;ai lu que certains critiques reprochaient &agrave; Terrence Malick sa vision de Londres et je ne suis pas d&#39;accord. Je trouve justement qu&#39;il a su se d&eacute;tacher des lumi&egrave;res du Nouveau Monde, le soleil brille mais ne chauffe plus. C&#39;est un autre climat, une autre atmosph&egrave;re. Peut-&ecirc;tre est-ce le sourire de Pocahontas jouant avec son fils qui me rend moins objectif ? Je ne sais pas. N&eacute;anmoins, je maintiens mon soutien &agrave; ces images venues d&#39;une autre &eacute;poque. L&#39;Art pictural au sens le plus noble qu&#39;il m&#39;ait &eacute;t&eacute; donn&eacute; de voir. L&#39;art musical est diff&eacute;rent bien s&ucirc;r, mais je trouve le choix du <em>Pr&eacute;lude<\/em> de <strong>L&#39;Or du Rhin<\/strong> plus judicieux qu&#39;en d&eacute;but de film. L&#39;intensit&eacute;, bien que discutable, m&eacute;ritait une apoth&eacute;ose sonore, une fi&egrave;vre &eacute;motive que Terrence Malick a tr&egrave;s bien su prendre &agrave; Richard Wagner. De mon c&ocirc;t&eacute;, j&#39;ai poursuivi ma route et je n&#39;&eacute;tais ni en Angleterre, ni en Virginie. J&#39;&eacute;tais revenu au divin gr&acirc;ce &agrave; cette jeune femme qui jouait avec son fils. Londres ou Jamestown, peu m&#39;importait. J&#39;&eacute;tais ailleurs avec elle, d&#39;o&ugrave; une relecture de mes id&eacute;es, mais avec une ferveur plus color&eacute;e. En courant apr&egrave;s son fils, Pocahontas &quot;chor&eacute;graphie&quot; ma musique, m&ecirc;me si cette derni&egrave;re a &eacute;t&eacute; &eacute;crite bien apr&egrave;s. Je crois d&#39;ailleurs que si M. Malick m&#39;avait demand&eacute; d&#39;&eacute;crire ce passage en amont, j&#39;aurais &eacute;chou&eacute;. Le visage rayonnant de l&#39;Am&eacute;rindienne, le fait qu&#39;elle soit &quot;heureuse&quot; m&ecirc;me si ce n&#39;est que du point de vue occidental, c&#39;&eacute;tait la plus belle des conclusions&hellip; <em>A Dark Cloud Is Forever Lifted <\/em>prolonge <em>Rolfe Proposes<\/em> et retourne au subliminal, au f&eacute;erique. L&#39;orchestre et le langage n&#39;est plus onirique, il devient la lumi&egrave;re du Monde et Hayley le clame dans une br&egrave;ve vocalise, juste dans le registre qu&#39;il faut. Magnifiquement. Le bonheur sur l&#39;instant de Pocahontas devient le n&ocirc;tre. Le son de la Nature peut reprendre ses droits avec ses couleurs chaleureuses et lumineuses. Le chant int&eacute;rieur devient ext&eacute;rieur et inversement. Un dernier regard sur l&#39;Am&eacute;rindienne soulign&eacute; par la pr&eacute;ciosit&eacute; de la fl&ucirc;te de Tony Hinnigan, identiquement &agrave; ce que j&#39;avais entrepris lors de la mort de Jack Dawson dans <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/titanic\"><strong>Titanic<\/strong><\/a>. Un dernier souffle, un &eacute;cran noir et le g&eacute;n&eacute;rique pouvait commencer. La fin de <em>A Dark Cloud Is Forever Lifted <\/em>(8:23 &#8211; 9:55) &eacute;tait mon g&eacute;n&eacute;rique d&#39;origine, auquel s&#39;encha&icirc;nait <em>Listen To The Wind<\/em>. Mais, fid&egrave;le &agrave; sa logique, Terrence Malick n&#39;a conserv&eacute; que la partie &quot;britannique&quot;, cors et orchestre.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div style=\"text-align: center;\">\n\t<img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/the_new_word6.jpg\" style=\"width: 800px; height: 336px; box-shadow: 2px 2px 5px rgba(0, 0, 0, 0.5);\" \/>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Quel regard portez-vous sur l&#39;utilisation de votre musique dans le film ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) A l&#39;origine, rien ne devait se passer de la sorte. N&eacute;anmoins, je connaissais le parcours de Terrence Malick et les insertions d&#39;Erik Satie, Camille Saint-Sa&euml;ns ou encore Gabriel Faur&eacute; en lieu et place des partitions de Ennio Morricone et Hans Zimmer dans ses pr&eacute;c&eacute;dents films. Je pensais &quot;&eacute;chapper&quot; &agrave; ce traitement, car j&#39;ai &eacute;t&eacute; impliqu&eacute; tr&egrave;s t&ocirc;t dans le projet et Terrence Malick approuvait toutes les id&eacute;es que je lui soumettais. Au fur et &agrave; mesure que je voyais ses images, ses tableaux, je lui faisais &eacute;couter mes intentions et, &agrave; nouveau, il approuvait. C&#39;est vrai qu&#39;au d&eacute;but chaque sc&egrave;ne durait dix minutes, et je savais qu&#39;elles seraient raccourcies &agrave; une, deux minutes tout au plus. J&#39;anticipais ce montage avec son accord, avec l&#39;accord de New Line &eacute;galement. Durant ces premi&egrave;res semaines o&ugrave; j&#39;&eacute;tais face &agrave; de longs tableaux, ou m&ecirc;me l&#39;inverse, face &agrave; un &eacute;cran noir que Terrence s&#39;engageait &agrave; combler, j&#39;ai d&ucirc; &eacute;crire deux heures de musique. <em>An Apparition In The Fields&hellip;<\/em> devait durer quinze bonnes minutes, <em>Of The Forest<\/em> autant. Les morceaux n&#39;&eacute;taient pas calibr&eacute;s, ni aussi &quot;propres&quot; qu&#39;aujourd&#39;hui, mais toutes les intentions &eacute;taient l&agrave;. Il y avait certes beaucoup de r&eacute;p&eacute;titions du fait de la longueur, mais encore une fois, ma musique &eacute;tait d&eacute;j&agrave; l&agrave;. Terrence Malick semblait convaincu par mon esth&eacute;tique et il m&#39;a dit &agrave; plusieurs reprises: <em>&quot;Apporte-moi un morceau termin&eacute;, je calquerai mes images sur le &quot;son&quot; que tu leur a offert&quot;<\/em>. Dans la pratique, cela n&#39;a jamais &eacute;t&eacute; le cas. Plus le montage avan&ccedil;ait, plus Terrence Malick avait des doutes. Surtout sur Pocahontas qui &quot;envahissait&quot; le film au point de devenir un film sur elle, et non sur sa passion avec John Smith ou toute autre consid&eacute;ration. Pour ma part, j&#39;aurais &eacute;t&eacute; ravi d&#39;un film sur Pocahontas, et c&#39;est ainsi que j&#39;avais compris les changements, ou du moins l&#39;&eacute;volution qu&#39;il voulait accomplir. Il y a donc eu marche arri&egrave;re de sa part &ndash; et marche avant de la mienne. L&#39;&eacute;cart s&#39;est creus&eacute;, et apr&egrave;s de multiples &eacute;changes et refontes de ma musique, Terrence m&#39;a annonc&eacute; qu&#39;il voulait finalement renoncer au &quot;son&quot; de Pocahontas que nous avions approuv&eacute; tous les deux, et que personnellement j&#39;approuve toujours. Quand je pense &agrave; l&#39;&eacute;motion qui m&#39;a travers&eacute; lorsque je visionnais ces images de l&#39;Am&eacute;rindienne dans les champs, quand je pense &agrave; ces longs jours o&ugrave; j&#39;&eacute;tais face &agrave; un &eacute;cran noir en me disant: <em>&quot;L&agrave;, Terry va rajouter un perroquet, l&agrave; il y aura un reflet dans l&#39;eau donc l&agrave;, on verra Pocahontas parler avec les arbres&hellip;&quot;<\/em>. J&#39;y &eacute;tais totalement. Quel g&acirc;chis !<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Comment avez-vous r&eacute;agi face &agrave; ce g&acirc;chis ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Paul Broucek et les gens de New Line n&#39;ont pas plus compris que moi. Nous avons tous essay&eacute; de convaincre Terrence Malick de renoncer &agrave; int&eacute;grer des extraits classiques, mais il &eacute;tait seul ma&icirc;tre &agrave; bord et, au bout de quelques semaines, j&#39;ai jet&eacute; l&#39;&eacute;ponge. J&#39;ai dit &agrave; Paul Broucek et &agrave; Dick Bernstein, mon monteur musique: <em>&quot;Qu&#39;il prenne ce qu&#39;il veut, o&ugrave; il veut, quand il veut. J&#39;ai ma conscience pour moi. Je n&#39;ai ni sacrifi&eacute; nos id&eacute;es, ni sacrifi&eacute; le film. Je reste fid&egrave;le &agrave; mes intentions&quot;<\/em>. Paul &eacute;tait plus que d&#39;accord avec moi et il m&#39;a soutenu chaque jour pour que je maintienne mon &quot;son&quot; de la Nature et que j&#39;aille jusqu&#39;au bout de mes id&eacute;es, Cd compris. Etant donn&eacute; qu&#39;il &eacute;tait le t&eacute;moin privil&eacute;gi&eacute; de la construction de cette partition, Paul &eacute;tait effar&eacute;. J&#39;ai donc travaill&eacute; comme je vous l&#39;ai expliqu&eacute;. J&#39;avais une sc&egrave;ne finalis&eacute;e, je la musicalisais selon mes sentiments. Je la donnais &agrave; Terrence Malick qui ne disait plus rien. Plusieurs jours apr&egrave;s, la sc&egrave;ne avait de nouveau chang&eacute; et je devais recommencer. Parfois, je le faisais, parfois non. Lorsque j&#39;estimais que la &quot;x-i&egrave;me&quot; version de <em>Of The Forest<\/em> &eacute;tait ok, je stoppais. Ainsi, j&#39;ai construit mon propre &quot;achievement&quot; et satisfait tout le monde sauf M. Malick. Dick Bernstein a eu alors un r&ocirc;le important car il &eacute;tait au milieu de nous deux en essayant de faire en sorte que ma musique ne soit pas trop d&eacute;natur&eacute;e dans le film, et je le remercie &agrave; nouveau de son int&eacute;grit&eacute;.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Vous qui &eacute;crivez rarement dans les livrets, qu&#39;est-ce qui vous a pouss&eacute; &agrave; le faire pour <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/the-new-world\">Le Nouveau Monde<\/a>? <\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Il fallait que je remercie Dick Bernstein, et je voulais d&eacute;dramatiser le d&eacute;bat. C&#39;est chose faite. Ensuite, je d&eacute;sirais que les auditeurs et \/ ou les spectateurs sachent ce qui s&#39;est pass&eacute; r&eacute;ellement et ce, selon la philosophie de Terrence Malick: en un minimum de mots ! J&#39;ai donc &eacute;crit cette simple phrase pour remercier Paul Broucek de son soutien permanent, de sa croyance en mes instincts musicaux et, quelque part, d&#39;avoir permis au Cd d&#39;exister de la sorte. Je n&#39;ai pas essay&eacute; de r&eacute;gler de comptes, mais c&#39;est tout comme.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) En dehors de toute consid&eacute;ration musicale, quel regard portez-vous sur le film de Terrence Malick ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) C&#39;est une &oelig;uvre rare. Un chef-d&#39;&oelig;uvre incontestable.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Parall&egrave;lement, qu&#39;est ce qui vous a le plus agac&eacute; ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) J&#39;ai &eacute;t&eacute; invit&eacute; sur CNN en novembre et j&#39;ai expliqu&eacute; mon v&eacute;cu via une image. C&#39;&eacute;tait comme si j&#39;&eacute;crivais un ballet pour Pocahontas sans qu&#39;aucune chor&eacute;graphie ne me soit propos&eacute;e. Apr&egrave;s avoir termin&eacute; l&#39;&eacute;criture, alors le travail sur la danse pouvait commencer. Cette danse allait bien avec la musique sauf que, petit &agrave; petit, Pocahontas a d&ucirc; laisser sa place &agrave; <strong>La Belle au Bois Dormant<\/strong> de Piotr Ilyich Tcha&iuml;kovsky. Ce qui m&#39;a vraiment agac&eacute; est l&#39;&eacute;norme investissement de moi-m&ecirc;me et de Terrence Malick pour que finalement les trois-quarts de ma partition disparaissent.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Qu&#39;est-ce qui fait selon vous que vous n&#39;avez pas r&eacute;ussi cette fois &agrave; imposer votre vision de l&#39;histoire tout en suivant celle du r&eacute;alisateur ? <\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) J&#39;ai suivi la vision de Terrence Malick, mais il a chang&eacute; d&#39;avis au point de renier ses premi&egrave;res d&eacute;cisions. Je n&#39;avais pas eu &agrave; imposer ma vision car elle &eacute;tait identique &agrave; la sienne. Cela aurait d&ucirc; &ecirc;tre donc plus facile que sur certains autres films. Apr&egrave;s, tout est une question de choix et d&#39;honn&ecirc;tet&eacute;. Je consid&egrave;re que je me serais trahi si j&#39;avais mis au panier ma musique pour en recomposer une autre &quot;&agrave; la mani&egrave;re de&quot; Wolfgang Amadeus Mozart, Richard Wagner ou je ne sais qui. Je ne pouvais pas r&eacute;duire mon travail de huit mois &agrave; ce que vous entendez dans le film, ce n&#39;&eacute;tait pas possible.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Le Cd ne porte pas la mention &quot;original soundtrack&quot;, et &agrave; aucun moment le nom de Terrence Malick n&#39;est cit&eacute; (except&eacute; dans la fiche technique). <\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Faire partie de la bande originale avec <strong>L&#39;Or du Rhin<\/strong> ou le <strong>Concerto pour piano n&deg;23<\/strong> ne m&#39;int&eacute;ressait pas. Puis participer &agrave; un disque sans <a href=\"https:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/fr\/collaborations\/hayley-westenra\/\">Hayley Westenra<\/a>, vous imaginez ! Ayant tous les droits sur ma musique, New Line m&#39;a pay&eacute; pour utiliser ce qui reste dans <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/the-new-world\"><strong>Le Nouveau Monde<\/strong><\/a>. La suite m&#39;appartient, et en accord avec Paul Broucek, nous avons d&eacute;cid&eacute; de sortir ce qu&#39;aurait d&ucirc; &ecirc;tre la bande originale du film. Exit donc toute la musique li&eacute;e &agrave; John Smith &#8211; sa capture par les Indiens, les s&eacute;quences au fort&hellip; -, exit la relecture de <em>Rolfe Proposes<\/em> et consort. &quot;R&eacute;int&eacute;gration&quot; de la prodigieuse Hayley et du &quot;son&quot; de la Nature. Avec Dick, nous avons refait tout l&#39;agencement pour que l&#39;&eacute;coute soit agr&eacute;able. Maintenant, vous avez l&#39;objet dans vos mains.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"RIGHT\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Etant donn&eacute; la quantit&eacute; de musique que vous avez compos&eacute;e, envisagez-vous d&#39;en tirer un deuxi&egrave;me album ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Il est dommage qu&#39;il m&#39;ait manqu&eacute; quelques minutes pour pouvoir inclure la totalit&eacute; de ce que je voulais que vous entendiez. Un second volume est fort improbable, m&ecirc;me en cas de triomphe titanesque de cet album. Je ne me vois gu&egrave;re faire les concessions que j&#39;ai refus&eacute;es pour cet opus-ci.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Contrairement &agrave; la partie instrumentale et &agrave; votre musique en g&eacute;n&eacute;ral, il y a tr&egrave;s peu de silences et de respirations dans <\/strong><em><strong>Listen To The Wind. <\/strong><\/em><strong>Pourquoi ce choix qui contraste avec l&#39;amplitude de la partition ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Pour la raison que vous venez de dire: le contraste. La qualit&eacute; des paroles de <a href=\"https:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/fr\/collaborations\/glen-ballard\/\">Glen Ballard<\/a> &eacute;tait telle qu&#39;il fallait que Hayley se surpasse mais dans un registre diff&eacute;rent, voire contraire. Je lui ai demand&eacute; une voix fruit&eacute;e, une distinction dans la diction, un minimum d&#39;inflexions donc une clart&eacute; diaphane et une &eacute;motion constante. Dans le registre du <strong>Nouveau Monde<\/strong>, Hayley a tiss&eacute; une architecture expressive qui a fui la grandiloquence en trouvant ses moments d&#39;&eacute;ternit&eacute;. Sa voix &eacute;tait vraiment cette jeune femme. Prisonni&egrave;re ou libre, sauvage ou civilis&eacute;e, Hayley a conquis le vent. Dans <em>Listen To The Wind<\/em>, elle l&#39;a &eacute;cout&eacute; et appel&eacute; pour nous.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) C&#39;est tr&egrave;s po&eacute;tique.<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Oui, et j&#39;en profite pour faire un apart&eacute; sur Alan Menken et son <strong>Pocahontas<\/strong>, admirable. <em>Listen To The Wind<\/em> est un hommage non dissimul&eacute;, qu&#39;il le sache.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Que repr&eacute;sente <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/the-new-world\">Le Nouveau Monde<\/a> dans votre &oelig;uvre ? Lui accordez-vous une importance particuli&egrave;re ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) C&#39;est une partition inclassable. Elle restera &agrave; part. De sa conception &agrave; sa r&eacute;alisation, elle ne ressemble &agrave; rien de ce que j&#39;ai connu auparavant.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Contrairement &agrave; des partitions r&eacute;centes comme <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/flightplan\">Flight Plan<\/a>, <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/the-chumscrubber\">The Chumscrubber<\/a>, <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/house-of-sand-and-fog\">House Of Sand And Fog<\/a> ou <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/the-four-feathers\">The Four Feathers<\/a>, <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/the-new-world\">Le Nouveau Monde<\/a> apaise plus qu&#39;il ne bouscule. Le ravissement n&#39;est pas moindre, mais il n&#39;appelle pas la m&ecirc;me implication &eacute;motionnelle. Tr&egrave;s proche de <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/iris\">Iris<\/a> ou <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/the-spitfire-grill\">The Spitfire Grill<\/a>, il ne pousse pas les &eacute;motions aussi loin et, paradoxalement, reste parfois un peu abstrait. Cette impression vient-elle du fait que votre musique sonne comme la contemplation d&#39;un monde perdu, qu&#39;elle nous place dans l&#39;esprit de la Nature et de Pocahontas, sa personnification, de la fa&ccedil;on la plus pure possible, ceci sans l&#39;intervention de l&#39;homme civilis&eacute;, de ses rep&egrave;res et de ses sentiments ? <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/the-new-world\">Le Nouveau Monde<\/a> n&#39;est-il pas finalement le chant de la Terre adress&eacute; &agrave; l&#39;homme, n&#39;est-ce pas une communion qui n&eacute;cessite d&#39;abandonner ses certitudes et ses illusions ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Elle me manquait, votre longue question-r&eacute;ponse &agrave; laquelle j&#39;ai droit &agrave; chaque fois (rires). Je vous laisse juge. Je ne peux rien ajouter car vous r&eacute;sumez et extrapolez fort bien. Je vous laisse juge et&hellip; t&eacute;moin.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div style=\"text-align: center;\">\n\t<img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/wp-content\/uploads\/2015\/07\/the_new_word2.jpg\" style=\"box-shadow: 2px 2px 5px rgba(0, 0, 0, 0.5);\" \/>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Lors de notre dernier entretien, vous d&eacute;clariez: <em>&quot;Pass&eacute;, nouveau. Vision sur le pass&eacute; avec un regard nouveau, vision pass&eacute;e sur la nouveaut&eacute;&quot;<\/em>. Cette fusion entre pass&eacute;, pr&eacute;sent et avenir n&#39;est-elle pas justement au c&oelig;ur de votre &oelig;uvre, et <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/the-new-world\">Le Nouveau Monde<\/a>, &agrave; ce jour, l&#39;aboutissement de cette notion d&#39;intemporalit&eacute; ? Les hommes passent, le monde reste et ne change que tr&egrave;s peu &agrave; l&#39;&eacute;chelle du temps.<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) C&#39;est une nouvelle extrapolation et une intellectualisation de mon discours que j&#39;appr&eacute;cie, il va sans dire. Je disais au d&eacute;but de cet entretien que n&#39;est pas primitif le peuple que l&#39;on croit. N&#39;est pas acquis ce que l&#39;on sait non plus. Chacun doit trouver son &eacute;chelle, concevoir son existence et la partager avec la M&egrave;re Nature. L&#39;intemporalit&eacute; n&#39;est pas ce que l&#39;on est mais ce que l&#39;on reste. Ma musique le sera pour moi, sur une &eacute;chelle que j&#39;esp&egrave;re encore gravir.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Auriez-vous aim&eacute; vivre &agrave; Jamestown en 1607 ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Concernant le nom de la cit&eacute;, je n&#39;y suis pour rien (rires). Si l&#39;on en croit la v&eacute;ritable histoire, Pocahontas n&#39;avait que 12 ans en 1607 et &eacute;tait une petite fille tr&egrave;s &quot;libre&quot; et joyeuse qui courait nue dans les champs, parlant aux arbres et aux fleurs. On n&#39;a jamais su la teneur de sa relation avec John Smith, mais il semblerait que la l&eacute;gende ait pris le pas sur la r&eacute;alit&eacute;. Elle a effectivement &eacute;pous&eacute; John Rolfe et eu un petit gar&ccedil;on, qu&#39;elle n&#39;a pas vu grandir puisqu&#39;elle est morte quelques ann&eacute;es apr&egrave;s sa naissance. Je trouve d&#39;ailleurs superbe l&#39;id&eacute;e de conclure <strong>Le Nouveau Monde<\/strong> avant cette fin londonienne tragique. Ai-je r&eacute;pondu &agrave; votre question ? Si j&#39;avais pu c&ocirc;toyer Pocahontas, peut-&ecirc;tre aurais-je aim&eacute; vivre &agrave; cette &eacute;poque dans ce lieu naturel.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Nouveau monde, temps pr&eacute;sent, monde futur&#8230; Si vous deviez faire une d&eacute;claration &agrave; ce monde dans lequel nous vivons ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Reb&acirc;tissons Jamestown sur de nouvelles bases, de nouveaux principes. Ecoutons le vent, il a beaucoup de choses &agrave; nous dire.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Avez-vous peur pour l&#39;avenir de ce monde ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Pas particuli&egrave;rement. Dans <a href=\"http:\/\/jameshorner-filmmusic.com\/discographie\/the-new-world\"><strong>Le Nouveau Monde<\/strong><\/a>, Terrence Malick ne parle pas que du pass&eacute;. Pour autant, il ne faut pas anticiper l&#39;avenir sous un jour funeste. Profitons du pr&eacute;sent quel qu&#39;il soit, et gardons foi en nous, les Hommes.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\"><strong>CF) Vous vouliez terminer par un remerciement bien particulier ?<\/strong><\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t<span style=\"font-size:16px;\">JH) Terrence Malick a &eacute;t&eacute; un g&eacute;nial tyran ou un g&eacute;nie tyrannique, comme vous voudrez, mais je voulais le remercier de m&#39;avoir permis d&#39;&eacute;crire cette musique. Quoi que l&#39;on retienne de cet entretien, <strong>Le Nouveau Monde<\/strong> a &eacute;t&eacute; une exp&eacute;rience enrichissante, peut-&ecirc;tre la plus enrichissante de ma carri&egrave;re professionnelle. De la n&eacute;gation na&icirc;t le positif. J&#39;en suis conscient. De l&#39;affrontement na&icirc;t le rapprochement, et j&#39;ai rarement &eacute;t&eacute; aussi proche de moi-m&ecirc;me. Bonne &eacute;coute.<\/span>\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\t&nbsp;\n<\/div>\n<div align=\"JUSTIFY\">\n\tPhoto cr&eacute;dit : &copy; New Line Cinema\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cin&eacute;fonia Magazine, f&eacute;vrier 2006. 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