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JAMES HORNER FILM MUSIC | juillet 25, 2017 |

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COLLAGE DE JAMES HORNER : L’INVITATION AU VOYAGE.

COLLAGE DE JAMES HORNER : L’INVITATION AU VOYAGE.
David Hocquet

James Horner avait abandonné la carrière universitaire par déception…cette déception était celle de l’esthétique du temps…l’esthétique du temps dans les années 70 était celle de l’avant-garde, incarnée par l’atonalité obligatoire. Domination idéologique en France, elle avait également réussi à dominer le milieu universitaire, protégé, aux Etats-Unis. La domination intellectuelle devait subvertir l’émotion, souvent considérée comme triviale et vulgaire. Lorsque James Horner a pu faire interpréter sa pièce orchestrale en 1978 par l’orchestre d’Indianapolis, dans une salle à moitié pleine, il a ressenti le vide absolu entre le créateur et le public. (Lire Fond Memories – Episode 1) Ce vide lui était insupportable et il fallait le combler. La découverte du mariage image / musique a alors été une révélation, une libération.

Il aura cependant fallu une trentaine d’années pour James Horner pour revenir à la musique pure, sans images, sans temp-track, sans minutage, sans mixage avec les sons, sans rejet ou mutilation de la partition. Pas de Deux était un témoignage éclatant de sa volonté de communiquer avec des interprètes, le public du concert et celui du disque. Le langage était le sien. L’aboutissement de ces décennies passées à peaufiner une voix personnelle dans une industrie souvent impitoyable avec les artistes. Collage est le deuxième chapitre d’un voyage qui aurait dû continuer encore longtemps… l’arrêt fut brutal, inattendu… Pour sécher nos larmes, perdons nous dans la musique, celle d’un compositeur qui veut donner plénitude et beauté à ses interprètes et à son public. Ecoutons donc attentivement la partition composée pour 4 cors et orchestre intitulée Collage

James Horner compose pour ses 4 mousquetaires et propose un contrepoint avec l’orchestre. Si le but du concerto est de présenter la physique et l’acoustique du cor, multiplié par 4, par de véritables virtuoses, il peut sembler intéressant au connaisseur de l’œuvre du compositeur que l’écoute de ce concerto pour 4 cors et orchestre puisse se concevoir, se ressentir comme un voyage aérien, construit par palier. C’est exactement l’impression qui peut venir à son écoute. Les cors et l’orchestre semblent être toujours dans un mouvement ascendant et ne jamais chercher à rejoindre la terre. Le voyage abstrait du compositeur nous fait visiter des lieux imaginaires et nous fait ressentir une recherche de la sérénité et du sublime au milieu des éléments, comme pourrait l’évoquer une peinture de Caspar David Friedrich.

Dès les premières notes, ce thème ascendant du cor puis des cors, quatre en tout, recherchent les cimes. Après l’introduction, nous trouvons la sérénité et la stabilité des cordes, chatoyantes, dans une palette de couleurs brillantes du James Horner qui a expérimenté les sonorités des meilleurs musiciens de Londres ou de Los Angeles depuis 30 ans…Les textures sont celles qui brillent de mille feux depuis, disons, les années 90, raffinées ensuite dans les années 2000. L’orchestre nous prépare à commencer ce voyage… Un voyage abstrait où nous sommes pris par les couleurs musicales, emporté par tout l’orchestre, avec le soutien du quatuor.

Aller loin, toujours plus loin … l’orchestre cherche une destination, un but, se repose un moment, laisse les cors accompagner une deuxième partie où les vents puis les cordes font un pas de côté, les cors explorent leurs lignes mélodiques, de nouvelles inflexions avant d’entamer la fanfare ponctuée par les pianos. Cette fanfare des cors, familière aux oreilles de ceux qui connaissent le James Horner des années 80, ponctue chaque mouvement. Les cordes repartent explorer et approfondir une ligne émotionnelle, un sillon. A 3’44 moment du sublime pour les cordes…

Retour des cors pour la troisième partie, nouveau voyage, nouvelle direction : l’orchestre recherche à nouveau une nouvelle destination. La musique cherche plus haut encore, les cors cherchent à s’abstraire de l’attraction terrestre, toujours vers les cimes, le mouvement est toujours ascendant, semble être porté par la physique aérienne, les vents, les masses de chaleur ou de froid, pour retrouver enfin un équilibre. Chaque voyage, vous le constaterez, est ponctué par la fanfare, affirmée à chaque fois avec plus de puissance.

Puis la quatrième partie bifurque vers une nouvelle direction, explore à nouveau, hésite, recherche, où aller ? Les textures légères des vents reviennent, les cors fouillent, le hautbois chante une élégie qui semble annoncer le prélude d’une apothéose, les cors lui succèdent et nous font anticiper le moment du sublime, pause avec clarinette, hautbois et flute….

5ème partie, reprise du thème avec variations, avec piano, mouvement ascendant des cordes, toujours, ponctuations des vents, choral des cuivres, la fanfare à nouveau, cette fois véritablement majestueuse. Arrive alors le moment peut être le plus excitant, un rythme marqué où l’orchestre semble bouillir et vouloir se libérer au milieu de la tourmente, en pleine tempête, les éclairs zèbrent le ciel, le tonnerre gronde, le voyageur veut désespérément retrouver la lumière et quitter les ténèbres !

La partie 6 marque le retour à la sérénité du voyageur, le cor le ramène doucement dans le sillage émotionnel et solaire, enfin les cuivres entonnent la fanfare pour la dernière fois, c’est elle qui emporte l’orchestre vers sa destination ultime, enrichie des ponctuations des cordes tubulaires. Le final permet aux cors de se lâcher avec force avec l’orchestre et clôturer ce voyage qui pourrait, si l’orchestre ne s’arrêtait pas tout d’un coup, continuer comme un flot d’énergie et d’émotions.

La musique, conçue comme un voyage abstrait de couleurs, est pour le compositeur comme une rivière en mouvement, fluctuante, accélérée puis calmée, en mouvement à nouveau, vers un rivage inconnu. Dans cette conception abstraite du voyage, qui peut immédiatement évoquer des images ou des émotions à l’auditeur, ce dernier sent une filiation avec la tradition picturale ou romantique du poème symphonique. Sur des sujets que nous rapprochons volontairement, alors que James Horner n’impose aucun sujet à son public, si ce n’est celui qui viendrait à l’imagination de chacun, nous pensons à des œuvres plus récentes (composées au XXème siècle) comme Airborne Symphony de Marc Blitzstein ou Eagles de Ned Rorem, qui évoquaient chacune à leur manière une poésie des cieux. Comme ce fut le cas avec Flight (cette fois avec un sujet aérien en son cœur), James Horner traduit en musique la passion qui fut la sienne de s’affranchir de l’apesanteur, d’atteindre des moments de sublimes émotionnels. Moments de grâce et de plénitude qu’il ressentait au plus profond de lui-même, et qui rendent sa musique si humaine et si touchante.

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