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JAMES HORNER FILM MUSIC | mars 30, 2017 |

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THE MUSIC OF JAMES HORNER : UN RENDEZ-VOUS MANQUÉ

THE MUSIC OF JAMES HORNER : UN RENDEZ-VOUS MANQUÉ
Jean-Baptiste Martin
Performed By The City of Prague Philharmonic Orchestra :
Un rendez-vous manqué
Par Brigitte Maroillat
 
Avec cette sélection consacrée à l’œuvre de James Horner, le City of Prague Philharmonic Orchestra poursuit son exploration de la musique de film. Après avoir revisité l’univers musical de Maurice Jarre, Jerry Goldsmith ou encore Alan Silvestri, l’orchestre praguois s’arrime désormais aux rivages hornériens en nous proposant un voyage en deux Cds qui couvre trois décennies de l’œuvre du compositeur. Sorti le 1er Juin dernier, cet enregistrement est en réalité une édition réactualisée du Film Music Masterworks James Horner précédemment enregistré par la formation. Viennent s’ajouter à la mouture existante des partitions récentes telles que The Boy In The Striped Pyjamas, Avatar ainsi que la dernière grande composition en date de James Horner : The Karate Kid.
Le City of Prague a souvent été décrié pour son faible niveau technique et son absence de rigueur. Il ne faut cependant pas oublier que l’existence de cet ensemble orchestral relève en soi du miracle. L’ancien Film Symphony Orchestra, qui l’a précédé, a grandi à l’ombre des diktats du régime communiste et avec les piètres moyens dont disposaient les Studios Smecky. Après la Révolution de velours, l’orchestre aux allures de radeau de la Méduse est devenu un paquebot musical, à la navigation certes encore incertaine, mais qui chaque jour tente d’emprunter la mer apaisée de la cohérence et de la rigueur. Ce changement de cap est né sous l’impulsion créative du « Capitaine » Nic Raine. Compositeur, arrangeur, chef d’orchestre, il a été notamment le précieux collaborateur de John Barry dans son épopée bondienne.
 
Le City of Prague a enregistré, pour le label Silva Screen, une quarantaine de Cds à la qualité inégale. Émergent toutefois de ce magma hétéroclite un enregistrement de Raise the Titanic qui constitue à ce jour le seul témoignage de cette œuvre de John Barry dont les masters originaux ont été égarés. Sous la houlette de Nic Raine, cette composition inédite a été restituée dans une orchestration impeccable et une exécution soignée.
 
 
L’orchestre aborde aujourd’hui les côtes du rivage hornérien à travers le choix de vingt-trois partitions. D’emblée, la double galette suscite les questionnements. En ce qui concerne la forme, l’édition se réduit à sa plus simple expression, le livret se bornant à reproduire un article de Michael Beek qui ne nous apprend rien de plus que ce que nous savons déjà sur The Great Emotionalist (puisque tel est le titre dudit article). Il y a lieu, par ailleurs, de s’étonner de l’absence de timing des plages enregistrées. En outre, aucun nom n’est crédité, ni celui des membres de l’équipage musical, ni celui de son Chef (et l’on s’étonne à l’écoute qu’il puisse s’agir de Nic Raine…). Sur le contenu, le choix des morceaux laisse songeur. S’il s’agissait de sélectionner des titres représentatifs de l’œuvre de James Horner, force est de constater qu’il manque quelques incontournables. Pour les œuvres les plus récentes, on peut citer parmi les chaînons manquants hornériens les partitions d’Iris et de The New World auxquelles il a été préféré Troy et ses accents hérités de Lawrence d’Arabie. Parmi les pièces les plus anciennes, brillent notamment par leur absence remarquée The Journey of Natty Gann, The Spitfire Grill, Bicentennial Man ou The Perfect Storm.
 
Sur le premier disque, le City of Prague déploie ses notes de The Legend of the fall à The Karate Kid en nous offrant un florilège musical plutôt plaisant à écouter. Les œuvres du compositeur s’enchaînent alors avec aisance et belle tenue. On aura toutefois l’oreille un tantinet indisposée par une reprise inutile de My Heart will go on et une introduction du Masque de Zorro approximative, les percussions, sensées remplacer les pas des danseurs, apparaissant quelque peu déroutantes au regard de la rythmique originelle. Mais ce ne sont que d’insignifiants détails en comparaison de ce que nous réserve le second disque.
 
Et la déception est de taille. Outre le tempo trop lent de The Man without A Face et les accents criards dont se retrouvent affublés les deux morceaux « trekkiens », c’est surtout la relecture de Glory qui désarçonnera l’auditeur averti. Les morceaux Charging Fort Wagner et End title sont des œuvres magistrales, véritable requiem dédié à des soldats aux portes de leur tombeau. En les restituant d’une manière pour le moins poussive, l’interprétation des chœurs du City Of Prague vire tout simplement au massacre organisé. Les parties chorales sont à ce point dénaturées qu’il est impossible de reconnaître l’œuvre originelle. Les chœurs chantent (mais on ne sait quoi) sur des motifs et un tempo hors de propos. Le reste des titres de ce second disque, qui en l’occurrence auraient pu être mieux choisis, parachève le sentiment de rendez-vous manqué avec le compositeur.

A la lumière de ce constat, cet enregistrement ouvre le débat en nous amenant à nous interroger sur la légitimité de tels hommages qui conduisent à revisiter l’œuvre d’un artiste avec plus ou moins d’inspiration. N’appellent évidemment aucune réserve les éditions qui se proposent de faire redécouvrir une œuvre qui aurait été, sans cette initiative, perdue à jamais, ce qui précisément le cas de Raise The Titanic. Mais en dehors de cet exemple précis, qu’en est-il vraiment de ces relectures qui n'offrent rien d'autre qu'une perception déformée des oeuvres originales?

Force est alors de constater qu'en matière de réenregistrements, l'histoire a démontré qu’il y a une réelle difficulté a restituer fidèlement l'empreinte musicale de James Horner. Remarquable orchestrateur, le compositeur a fait naître ses partitions avec un sens aigu du détail, des nuances et des couleurs qui n’est pas aisé à reproduire. Monsieur Horner livre une musique qui semble prendre tout son sens au fur et à mesure qu’elle émane de sa plume. C’est précisément cet engagement très personnel dans son œuvre qui produit la singularité de son art et rend ainsi ce dernier particulièrement délicat à appréhender.
 
Dès lors, comment revisiter ces musiques sans les dénaturer ? Cette question constitue le second versant des interrogations qui nous assaillent à l’écoute de la prestation du City of Prague. Doit-on scrupuleusement respecter à la lettre des notes ou bien peut-on faire œuvre créatrice tout en préservant l’esprit que le compositeur a conféré à son œuvre? Autant de questions auxquelles il conviendrait de réfléchir avant de se lancer dans l’exercice hautement périlleux de la relecture d’une composition. Cela éviterait bien des rendez-vous manqués.
 
Un seul chef d'orchestre a su toutefois se poser les interrogations qu'il convient. Il s'agit d' Erich Kunzel qui a réalisé, à la tête du Cincinnati Pops Orchestra, pour le label Telec, devenu ensuite Concord Music, des relectures grandioses des partitions de James Horner. Celles-ci ont même parfois dépassé la richesse orchestrale des œuvres originelles. Par exemple je garde un souvenir vivace d'une interprétation mémorable du Main title et d'End Credits de Star Trek II. Les relectures somptueuses de Kunzel trouvent sans doute leurs racines dans un sens aigu de l'orchestration, héritage du grand chef d'orchestre français Pierre Monteux, dont il fut l'assistant pendant de nombreuses années. L'écoute de l'Ultimate Movie Music Collection rend compte de tout l'art d'Erich Kunzel d'habiter une partition et d'en sublimer le meilleur. Les interprétations du chef d'orchestre mériteraient à elles seules une étude distincte. Le rendez-vous est pris et ne sera pas manqué…