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JAMES HORNER FILM MUSIC | mars 30, 2017 |

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CHÉRIE, J'AI ÉCOUTÉ JAMES HORNER !

CHÉRIE, J’AI ÉCOUTÉ JAMES HORNER !
James Horner Film Music
Par David Hocquet

Avec l'aimable autoristaion de son auteur. Texte paru à l'origine sur le site Underscores.fr.

Concluant pour James Horner une prolifique année, cette partition permet de mettre en lumière le style si particulier du compositeur grâce à cette nouvelle collaboration avec le London Symphony Orchestra. Honey, I Shrunk The Kids (Chérie, j'ai rétréci les gosses) constitue une relative réussite de la compagnie de Mickey dans sa tentative de donner aux longs métrages leur chance de briller au même titre que la tradition prestigieuse entretenue avec l’art de l’animation, alors même que la fin des années 80 souffrait justement d’une baisse de régime, en attendant la renaissance amorcée peu après par The Little Mermaid (La Petite Sirène). Pour s’adonner à sa passion des techniques visuelles et débuter par la même occasion dans la mise en scène, le spécialiste des effets spéciaux Joe Johnston se voit offrir un écrin idéal : celui de la rencontre de la comédie familiale et de la science fiction des années 50.

Comment approcher ce sujet pour le compositeur américain ? Par une forme particulière de l’incongru et du fantasque, un cirque musical, au bon sens du terme. Ce premier film avec Joe Johnston est aussi un premier chapitre à la folie que sera plus tard Jumanji. Entre temps, James Horner aura mis en musique le rêve d’Icare sous l’angle de la bande dessinée et du comics avec Rocketeer, et le sens du merveilleux que l’enfant découvre à la lecture des classiques dans The Pagemaster (Richard au Pays des Livres Magiques). Le sens des mélanges musicaux de James Horner, qui paraît souvent incongru chez beaucoup d’esprits cartésiens, n’est donc rien d’autre que la fidélité qu’entretient le compositeur avec une tradition musicale, celle que par exemple Chostakovitch a pratiquée, celle de la fantaisie et de l’humour, dont le compositeur russe faisait preuve dans certaines de ses symphonies ou partitions pour le cinéma.

Les fameuses couleurs, obsession de James Horner… Main Title en expose déjà deux. La première juste pour donner le ton et la seconde de façon grandiose : couleur « fellinienne » tout d’abord, celle qui a posé le plus débat par l’utilisation, l’appropriation d’une phrase du thème d’Amarcord de Nino Rota, ici mise en musique dans un contexte totalement déglingué, associée au savant fou joué par Rick Moranis (rendons donc à César sa phrase de saxo). Cette couleur permet à James Horner de se lâcher dans l’instrumentation : saxophone, harmonica, percussions, etc. C’est la partie la plus éloignée de l’écriture symphonique traditionnelle. Couleur cartoonesque ensuite, rendant hommage à la mise en musique des dessins animés délirants de la Warner, par l’utilisation de la « middle part » du fameux Powerhouse de Raymond Scott (dont le répertoire avait été abondamment exploité dans les Looney Tunes). C’est sûrement la partie la plus proche du big band, celle qui évoque les tentatives précédentes du compositeur d’incorporer des styles musicaux dont il n’était pas vraiment familier de par sa formation très classique, comme ce fut le cas avec Batteries Not Included (Miracle Sur La 8ème Rue).

Enfin, plus proche de sa sensibilité, l’écriture symphonique portée par le superbe London Symphony Orchestra, et qu’on devine imprégnée tout du long de musique russe (et cela s’entend de façon très explicite dans des passages bien précis). En contrepoint, et c’est ce qui rend James Horner intéressant à cette période, le désir de confronter les musiciens virtuoses du LSO et sa propre approche symphonique avec d’autres virtuoses, les membres de l’excellent ensemble Incantation, qu'Ennio Morricone a rendu célèbre dans The Mission (Mission), et que James Horner a également confrontés à la même période à la masse orchestrale et chorale dans Willow.

Si cette partition manque en apparence de cohésion musicale, contrairement à la fluidité et à la linéarité d’autres compositions de la même époque comme The Land Before Time (Le Petit Dinosaure Et La Vallée Des Merveilles), l’effet produit correspond bien à l’esprit virevoltant du cartoon, bien mis en avant dans le prologue animé du film par une pièce de big band orchestral construite sur le passage de Raymond Scott, et l’idée centrale du film : l’absence de repères pour les enfants de la famille Zalinsky, réduits à la taille d’insectes, totalement déroutés par leur nouvel environnement, qui n’est plus familier mais totalement hostile. Des poissons hors de l’eau, et loin du bocal !

L’écriture orchestrale de James Horner est le prolongement de celle qu’il a mise sur papier au début des années 80, que ce soit dans Star Trek II, Krull ou Brainstorm, celle qui puise dans l’art de ses compositeurs préférés : Prokofiev, Chostakovitch et Britten mais aussi Ligeti pour l’élaboration de ses dissonances les plus sophistiquées. Au-delà des références et des nombreuses paternités, la musique de James Horner existe surtout par un style très personnel, reconnaissable en quelques mesures, une musique très présente, expressive, lyrique, à l’instrumentation claire. Marches militaires, cuivres lugubres, dissonances et clusters orchestraux, virtuosité, thèmes tendres, elle accompagne les pérégrinations, commente les événements fantastiques. Un univers dans lequel le compositeur se trouve tout à fait à son aise grâce à son sens de la féérie et du merveilleux. Autant cette écriture nous est familière, avec peut être une plus grande insistance sur des passages libres dans l’écriture, très russes, mais elle est de surcroît interrompue en permanence, et c’est en cela que la construction du film, son montage, deviennent intéressants – et compliqués – pour le compositeur, par les nombreuses digressions du Powerhouse de Scott.

© Walt Disney Pictures 

Des passages tels que A New World nous renvoient directement à l’écriture dramatique de Willow, avec son mélange de symphonisme et d’instruments rares (à l’époque) dans le style des films fantastiques : flûte de pan, ocarina, et tout un instrumentarium qui étend le registre des vents du LSO et que le musicien Tony Hinnigan a rendu plus familier à nos oreilles dans ces années post Mission. James Horner avait déjà expérimenté de façon similaire dans Uncommon Valor (Retour Vers l’Enfer),  Commando, Project X ou encore dans son score rejeté de Streets Of Fire (Les Rues De Feu), mais jamais à un tel niveau, comme une véritable palette complémentaire de l’orchestre. L’orgue tient également une place particulière dans cet univers instrumental éclectique, ajoutant une touche gothique à l’orchestration, notamment dans le terrifiant Lawn Mower. Cette approche crée des moments particuliers, comme lorsque une flûte entonne un très bel hymne sur un rythme de rodéo dans Flying Szalinsky, thème développé par ailleurs dans la partition et qui offre l’occasion de laisser parler le phrasé le plus tendre du cor ou du hautbois. Horner a vraiment un don pour ces thèmes liés à l’enfance et au merveilleux (comme il l’avait prouvé cette même année dans The Land Before Time ou le thème de la princesse Elora dans Willow). L’americana « coplandesque » est également à l’honneur dans le jubilatoire Ant Rodeo.

Certes, on pourra aussi évoquer le rapprochement avec le thème des Goonies de Dave Grusin, sûrement présent dans la musique temporaire… Mais James Horner n’en retient qu’une certaine pulsion rythmique, une construction en crescendo qui lui permet de faire un lien avec l’americana cité dans le film, sans pour autant offrir un plagiat de l’adorable thème qui semble emmener Beethoven sur le terrain de l’aventure juvénile. Ce qu’un yes man à la Debney aurait certainement fait très bien de nos jours (soit dit en passant, cette obédience du score de Grusin à la musique la plus académique du répertoire est un peu lassante…).

C’est donc bien ce mélange constant des genres qui rend finalement l’écoute passionnante en dehors du film, un mélange entre musique savante et musique populaire que seul le cinéma permet. Cette matière musicale dramatique devenue si familière au cours des années 80 si l’on aime James Horner est passée brusquement au shaker et à la folie du big band des années 50 ou des musiques de spectacle comme l’affectionnait Nino Rota, pour un résultat bien plus abouti et joyeux que ne l’était déjà Batteries Not Included.