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JAMES HORNER FILM MUSIC | septembre 23, 2017 |

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IT'S LOGICAL - EPISODE 3: RENCONTRES ENVOUTANTES

IT’S LOGICAL – EPISODE 3: RENCONTRES ENVOUTANTES
Jean-Baptiste Martin
« It's logical » est une série d'articles qui aborde la logique, la cohérence, les dimensions visuelles, narratives, symboliques ou encore émotionnelles, des réminiscences et citations remarquables dont James Horner a parsemé son œuvre.
 
SNEAKERS, APOLLO 13, ALL THE KING'S MEN


Au-delà des colorisations dépeintes autour du piano, des voix féminines éthérées de Sally Stevens et Darlene Koldenhoven, et du chaleureux saxophone de Brandford Marsalis, Sneakers (1992) propose un thème mystérieux et envoûtant. A chacune de ses apparitions, il accompagne les échanges entre deux personnages, Bishop (Robert Redford) et Cosmo (Ben Kingsley).
Ce thème apparaît tout d'abord sous une forme très rapide dès la quatrième seconde du Main Title, où il reviendra à deux reprises (1:22, 1:35), telle une signature, un jingle du film et de son histoire. En personnifiant le lien entre Bishop et Cosmo, ce thème illustre le cœur de l'intrigue, l'histoire dans l'histoire, celle de deux amis, deux génies de l'informatique dont les idéaux étaient similaires pendant leur jeunesse mais que la vie a séparés.
En effet, à la fin des années 60, Cosmo et Bishop (de son véritable nom Martin Brice) infiltrent les réseaux informatiques du Parti Républicain des Etats-Unis. Suite à cette action, Cosmo est incarcéré et passera sa vie en prison où il est prétendument décédé, tandis que Martin, qui s'était absenté acheter des pizzas juste avant l'intervention policière, échappera aux autorités et adoptera le nom de Bishop pour éviter les poursuites.
 
 
Logiquement, vingt ans plus tard, quand Cosmo réapparait contre toute attente, les retrouvailles avec Bishop revêtent un caractère irréel et hors du temps. Dans Cosmo…Old Friend, le thème abandonne donc la fougue juvénile du morceau introductif et adopte un rythme langoureux où il révèle ainsi la source d'inspiration du compositeur, c'est-à-dire une des pièces les plus connues d'Arvo Pärt : Fratres.
 
Fratres – Arvo Pärt 
© Deutsche Grammophon ‎– 457 647-2

 
En puisant dans les couleurs, les rythmes et la ligne mélodique de cette pièce dont la première version date de 1977, James Horner nous renvoie à la fois à son titre, Frères en latin, et à la signification de la musique minimaliste du compositeur estonien.
Tout d'abord, le titre serait une allusion à la puissante amitié qui unissait les musiciens de Hortus Musicus, groupe composé de cordes, de vents et de percussions qui a interprété la version originale de l'oeuvre. D'autres sources suggèrent que ce titre serait un hommage à Benjamin Britten dont Arvo Pärt est devenu un admirateur peu de temps avant la disparition du compositeur britannique en 1976.
Dans les deux cas, la notion de lien de fraternité est présente : les liens qui soudent les musiciens du groupe ou le lien musical entre Pärt et Britten. Il semble donc logique que James Horner s'inspire de cette pièce pour souligner la relation entre Bishop et Cosmo, amis complices, devenus presque frères lors de leur jeunesse.
 
Cosmo…Old FriendSneakers – Original Soundtrack by James Horner
© 1992 Universal Pictures, under license to CBS (Sony BMG) B0000028UQ

 
Par ailleurs, le minimalisme de Cosmo…Old Friend peut s'expliquer par la volonté de James Horner de transposer la dimension mystique de la musique d'Arvo Pärt, et ainsi d'apporter une dimension intemporelle aussi bien qu'énigmatique aux retrouvailles entre les deux personnages.
Durant les cinq premières minutes de Cosmo…Old Friend, le compositeur ne s'éloigne pas de la tonalité de départ, la musique est construite autour des silences qui font partie intégrante du discours, le temps est ainsi étiré au maximum. Joué par le triangle et les cordes, le matériel thématique exploité est unique de par sa manière de favoriser ainsi répétitions, transpositions et permutations.
Cet ensemble d'idées musicales respectueuses d'Arvo Pärt confère à Cosmo, à son discours et à ses idéaux, une aura mystérieuse, inquiétante, chimérique, contrebalancée par le son feutrée du saxophone, incarnation des valeurs de Bishop, qui tente de dialoguer avec son ancien ami.
Grâce à cette couleur musicale séduisante, à l'interprétation de Ben Kinsley, à la vision du capitalisme et de la démocratie qu'il propose, le personnage de Cosmo acquiert un caractère fascinant ; son ombre plane sur tout le film, malgré un temps à l'écran très court.
 
 
Quand finalement le thème se déploie (4:58), c'est pour mieux montrer la radicalité du personnage de Cosmo, qui souhaite abolir la notion de propriété privée, supprimer les banques et les marchés financiers, car la société et les hommes politiques sont corrompus par l'argent.
La musique sort alors du minimalisme pour marquer ce désir utopique de changement. Plus tard dans le film, ce passage est repris lorsque l'obsession de Cosmo l'amène à tirer en direction de son ami pour le contraindre de lui remettre un objet pouvant l'aider à arriver à ses fins.
Sur le disque, la dernière et courte apparition du thème dans la seconde moitié de Goodbyes (à partir de 2:00) marque le dernier dialogue entre les deux anciens amis. L'élan final et libérateur (2:48) symbolise la victoire de Bishop sur l'emprise de Cosmo.
 
Trois ans plus tard, le thème revient dans Apollo 13 (1995) à deux moments précis.
Tout d'abord, il accompagne les trois cosmonautes lors de leur passage derrière la face cachée de la Lune, astre fascinant à l'origine de nombreux mythes et mystères depuis le début de l'humanité. Dès les premières secondes de The Dark Side of the Moon, des cordes lancinantes et attristées amorcent le thème qui apparaît entre 0:33 et 1:07 et qui revient ensuite à 2:47.
 
The Dark Side of the MoonApollo 13 – Original Soundtrack by James Horner
© 1995 Universal Pictures, under license to MCA (Universal) B000002OW6

 
A chaque fois, il souligne la beauté mystérieuse des étendues lunaires visibles à travers le hublot du vaisseau. Tout comme Cosmo, la Lune apparaît peu dans le film mais elle est dans toutes les têtes, elle hante les esprits et guide le comportement de chacun.
 
 
De plus, à travers ces deux apparitions le thème entoure la séquence de la coupure du contact radio entre l'équipage et la Terre. Il symbolise donc à la fois la fascination de l'homme face à la splendeur lunaire, mais également l'interruption du lien vital entre les trois cosmonautes et les techniciens de Houston, du lien créé par un récepteur de la NASA qui permet à Marylin Lovell (Kathleen Quinlan) d'écouter de sa chambre la voix de son mari Jim Lovell (Tom Hanks).
Enfin, la dernière apparition du thème a lieu quelques minutes avant la descente vers l'atmosphère terrestre, lors d'un très court passage inédit (15m1 Distant Thoughts), où Jim Lovell et sa femme semblent deviner mutuellement la présence de l'autre malgré les milliers de kilomètres qui les séparent. Le commandant essuie le hublot du vaisseau et il contemple la Terre, fasciné, tandis que sa femme lève les yeux vers le ciel.
 
 
La mise en scène de Ron Howard suggère un lien quasi télépathique né de l'intuition de ces deux êtres, de leur complicité construite lors de plusieurs années de vie commune. La reprise du thème s'accorde donc à la fois à ce lien entre Jim Lovell et sa femme, mais également à une prise de conscience du commandant de la mission spatiale: La Terre est aussi attrayante que la Lune et elle abrite les êtres qui nous sont chers.
 
Ainsi, à l'image des liens entre les musiciens de l'ensemble Hortus Musicus, entre les deux amis Bishop et Cosmo, la reprise du thème dans Apollo 13 souligne les attaches entre les protagonistes de l'histoire.
« La citation représente tout un art. Il faut arriver à ce que l’intégration de la citation soit enveloppée dans sa propre musique sans dénaturer votre propre musique ou celle de l’auteur original. C’est fort différent de l’imitation trop souvent pratiquée dans la musique de films. Quand Monet cite des œuvres des peintres de la Renaissance, il les intègre si parfaitement dans sa toile qu’elle resplendit d’unité. »
Comme pour la citation de l'adagio du ballet Gayaneh d'Aram Khachaturian (1942), une des pièces favorites du compositeur au point qu'elle finissait par se fondre totalement dans son discours musical, James Horner a enveloppé une dernière fois la ligne mélodique langoureuse de Fratres, plus d'une décennie après Sneakers et Apollo 13. Ce fut à l'occasion du film All The King's Men (2007), dans un morceau qui n'apparait pas dans le film mais qu'il a tenu à placer dans l'album : All Our Lives Collide.
 
All Our Lives CollideAll the King's Men – Original Soundtrack by James Horner
© 2006 Sony Pictures Entertainment, under license to Varese Sarabande B014I36IZK

 
Un titre évocateur qui résume bien notre article. Les vies, les destins des personnages de All The King's Men se croisent et s'entrechoquent. Tout comme pour Hortus Musicus, Sneakers et Apollo 13, les liens tissés entre eux au fil des années constituent la dynamique de l'histoire.

A l'écoute de All Our Lives Collide, nos souvenirs nous renvoient alors soudainement 22 ans plus tôt avec le lien qui unissait Spock et Kirk, une des premières amitiés mis en musique par James Horner. Quand les deux personnages sont sur le point de se retrouver après la « résurrection » de Spock à la fin de StarTrek III, James Horner employait déjà une structure musicale similaire dans la deuxième partie de The Katra Ritual pour évoquer une rencontre envoutante…
 
The Katra RitualStar Trek III: The Search of Spock – Original Soundtrack by James Horner
© 1984 Paramount Pictures, under license to FSM Retrograde FSM-80129-2


Credits photo :
Sneakers : © 1992 Universal Pictures
Apollo 13 : © 1995 Universal Pictures
Star Tek II I: © 1984 Paramount Pictures

Cet article est également disponible en : Anglais

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