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JAMES HORNER FILM MUSIC | décembre 10, 2019 |

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FOND MEMORIES - EPISODE 6 : 1982-1984 - JERRY GOLDSMITH ET STAR TREK

FOND MEMORIES – EPISODE 6 : 1982-1984 –  JERRY GOLDSMITH ET STAR TREK
Dans cet épisode nous nous intéressons à Star Trek II et III et à l'influence de Jerry Goldsmith lors des premières années de la carrière de James Horner.

 
Bandes-originales abordées dans cet épisode :

Star Trek II, The Wrath of Khan (1982)
Star Trek III, The Search for Spock (1984)

 
1982-1984 : JERRY GOLDSMITH ET STAR TREK
Au fil des premiers épisodes de Fond Memories, nous avons évoqué à plusieurs reprises l'influence de Jerry Goldsmith : les drames intimes Lilies of The Field (1963) et A Patch of Blue (1965) pour The Lady in Red (1979), l'inquiétant Alien (1979) pour Humanoids From the Deep (1980) ou Battle Beyond the Stars (1980), le diabolique The Omen (1976) sur Deadly Blessing (1981).
 
JERRY GOLDSMITH
James Horner a toujours eu un énorme respect pour Jerry Goldsmith.
« Mes pairs à l’époque, ceux qui étaient les plus respectés en ce temps-là, et que je respectais, étaient John Williams, Jerry Goldsmith et Elmer Bernstein. J’étais souvent présent à leurs sessions d’enregistrement pour tout y écouter. » 1
James Horner était d'ailleurs ressorti très impressionné des sessions d'enregistrements de Star Trek The Motion Picture (1979).
« Je suis allé aux sessions de Jerry Goldsmith lorsque je travaillais pour Roger Corman. Je connaissais Jerry et je voulais voir ce qu’étaient de grosses sessions. J’étais impressionné par le monde musical de Jerry. » 2
« J’étais curieux de savoir ce que Jerry ferait, il m’a invité aux sessions et j’y trainais beaucoup. C’était pour moi un évènement énorme de voir comment il menait et il assemblait tous les éléments ensemble. » 3

James Horner justifie tout d'abord l'influence de Jerry Goldsmith par la pression des producteurs :
« Quand j'ai commencé c'est sûr que j'ai été influencé par Goldsmith et ses grandes partitions d'orchestre, mais en même temps les gens qui m'ont employé voulaient ce genre de musique. Je n'étais pas en mesure de leur dire:  « Allez au diable!» . » 4
« Voilà à quoi nous sommes souvent confrontés. Un producteur ou un réalisateur a vu le film, il a monté une musique de quelqu'un d'autre dessus pour tester, et il est tombé amoureux de ce score alors il dit « c’est ce que nous voulons, point barre. » 5
James Horner explique aussi que lui et Jerry Goldsmith s'inspirent des mêmes compositeurs classiques, ce qui favorise les similitudes.
« Beaucoup de gens disent qu'ils entendent Jerry Goldsmith, mais c'est seulement parce qu'ils connaissent la musique de Jerry Goldsmith. Je veux dire, d'autres personnes peuvent y entendre de la musique de Debussy, de la musique de Mahler, de Beethoven. »  5
Enfin James Horner observe que les genres des films auxquels il a participé au début de sa carrière furent similaires à ceux habituellement mis en musique par Jerry Goldsmith, et que cela a ainsi pu favoriser des approches musicales identiques. »
« La plupart des films que j'ai faits sont, en fait, d'aventure, d'horreur ou autre, et c'est le genre de films familier à Goldsmith. Il se fait très rare sur des films sensibles. » 5
Au-delà de cette influence musicale, une rumeur persistante a voulu accentuer la filiation entre les deux compositeurs en laissant penser que James Horner était sorti avec la fille de Jerry Goldsmith. Toutefois, Carrie Goldmith a démenti cette information dans le projet de biographie de son père :
« J'ai connu James Horner au lycée via une amie à moi avec qui il sortait… Mon père adorait exagérer ma seule sortie avec James Horner en des proportions dignes de fiançailles. » 6
Tout d'abord amis au début des années 80, les chemins des deux compositeurs se sont ensuite séparés, comme le soulignait James Horner en 1998 :
« Il a refusé de venir diriger lui-même son thème pour les Oscars ainsi que la cérémonie car il ne voulait absolument pas jouer la musique de Titanic. Je ne suis plus le jeune homme qui était son ami. Les temps ont changé depuis bien longtemps. Je suis un concurrent pour lui maintenant. » 4
*****
STAR TREK II
 
Quand le tournage de Star Trek II: The Wrath of Khan commence en novembre 1981, aucun compositeur n'est encore assigné au projet. C'est alors que Joel Sill, vice-président du département musique pour Paramount Pictures, écoute les cassettes de démo d'un jeune compositeur de 28 ans. 7 Il y décèle une patte particulière, une touche unique. Il fait alors le choix audacieux de lui confier deux importantes productions : Star Trek II: The Wrath of Khan (1982) de Nicholas Meyer et 48 HRS (1982) de Walter Hill.
James Horner venait de terminer deux téléfilms : Rascal & Robbers: The Secret Adventures of Tom Sawyer et A Piano for Mrs. Cimino (voir episode 5) quand son agent reçoit un appel de Harve Bennett, le producteur de Star Trek II: The Wrath of Khan.
L'arrivée de James Horner sur Star Trek II: The Wrath of Khan fut favorisé par deux principaux facteurs:
«Un budget beaucoup plus faible et la recherche d'une autre couleur musicale. » 8
En effet, le budget plus réduit par rapport à ce premier volet empêcha le retour de Jerry Goldsmith, qui avait composé la musique du premier épisode, ou la venue de Miklos Rosza, qui avait précédemment travaillé avec le réalisateur Nicholas Meyer sur Time After Time (1979). 9
De plus, les producteurs Harve Bennett et Roger Sallin, et le réalisateur Nicholas Meyer désiraient une approche musicale différente pour le deuxième volet de la franchise.

« Ils ne voulaient pas du genre de score qu’ils avaient eu avant, ils ne voulaient pas d’un score semblable à l’un de ceux de John Williams. Ils voulaient quelque chose de différent, de plus moderne. » 5
« Du point de vue du premier “Star Trek”, le studio était vraiment déçu par la façon dont le film fut reçu commercialement et ils voulaient quelque chose de plus emballant et viscéral et non quelque chose d’aussi cérébral. On m’a demandé d’écrire une partition plus axée sur l’aventure et c’est comme ça que j’ai approché le film du départ. » 3
« Les producteurs et le réalisateur Nicholas Meyer avaient apprécié mes premières musiques, notamment celle de Wolfen (1982). Lors de la rencontre, nous nous sommes tous bien entendus, ils ont été impressionnés par ma musique, et c'est comme ça que c'est arrivé. » 5
Au début de l'année 1982, James Horner est alors engagé sur le projet même s'il connait très peu la télévision et donc la série Star Trek.
« Je ne connaissais rien à Star Trek. Je ne regarde pas la télé donc je ne connaissais rien à la série. J’avais vu le premier film Star Trek et je n’avais pas été particulièrement impressionné, en dépit du fait que j’avais adoré les visuels et les effets, mais du point de vue émotionnel, ça ne m’avait pas beaucoup touché. » 10
Pour pallier cette méconnaissance de l'univers Star Trek, James Horner va se concentrer comme il le fera souvent au cours de sa carrière sur la partie émotionnelle du script, c'est à dire le lien entre Kirk and Spock.
 
« C’était un film d’action mais le coeur de ce que je voulais donner, c’était la mélodie qui accompagne Kirk et Spock.
Je suis toujours en quête de l’histoire centrale, et c’est ça que je raconte. Je voulais faire plus du personnage de Spock que ce qui avait été fait auparavant. Cet aspect unique sous-jacent de Spock et du Capitaine, Jim, c’était une relation qui n’avait jamais été joueé dans l’approche de quiconque. Je voulais établir un lien très étroit. C’était très important car il y aurait ensuite un Star Trek 3 et le dénouement de ce lien serait l’essentiel de Star Trek 3. Je voulais raconter l’histoire de ces deux hommes et de leur amitié, et c’est ce que m’ont appris la série et le premier film. Aussi plus je pouvais jouer de ce lien dans le film, plus je pouvais en faire quelque chose lorsque ce lien se rompt avec la mort de Spock et plus je pouvais briser le cœur du public, à la fin du film. Les graines que j’avais semées dans Star Trek 2 allaient maintenant être capables d’éclore et de fonctionner dans Star Trek 3, c’était essentiel et c’était tout un pan de l’œuvre, la façon dont le tout allait être tissé ensemble. » 3

James Horner commence la composition à la mi-janvier de l'année 1982. 11
Le tournage du film n'étant pas encore terminé, le compositeur est donc invité à apparaitre lors d'un caméo dans le film en tant que membre de l'équipage de l'Enterprise.
 
 
Le travail de composition avec le réalisateur Nicholas Meyer est facilité car c'est un mélomane averti qui avait déjà des idées précises pour la musique.
« Le réalisateur était passionné de musique classique. On parlait beaucoup de Mahler, de Prokofiev, d'une musique plus symphonique, avec des contrastes entre les cuivres et les cordes. Ce fut stimulant. Il y avait des moments où il savait décrire les choses en terme d'air, de mouvement d'une symphonie. » 8
« Lui et moi en avons parlé de façon très intensive. Nous avons passé beaucoup de temps tous les deux sur ce projet, au point que nous sommes devenus des amis proches. Nick sait de quoi il parle, en termes de musique. Il voulait donner le sentiment d’une aventure située en pleine mer. C’est cet esprit nautique, sous la voile, décoiffant que je cherche, en opposition au son très impérial, au thème quasi-martial, de Star Wars. » 11
« Cela m'a pris un peu plus de quatre semaines. Je me suis affranchi de l'empreinte musicale de Jerry Goldsmith, qui avait composé la B.O. du premier Star Trek et j'ai réintroduit le thème musical de la série télévisée, composé par Alexander Courage. » 8
Ainsi en quatre semaines et demie James Horner compose 72 minutes de musique pour un orchestre de 94 musiciens.
« Star Trek avait une section importante de cuivres, avec six cors d’harmonie, autrement c’était un grand orchestre symphonique traditionnel. » 12
Avec Star Trek II: The Wrath of Khan, James Horner change de dimension car pour son premier space-opera Battle Beyond The Stars (1980) il n'avait pu réunir que 40 musiciens…
L'enregistrement débuta le 12 avril 1982 au The Burbank Studios (Warner Bros.) et dura 3 jours.
Deux autres sessions ont eu lieu après l'enregistrement principal, le 30 avril pour l'enregistrement de la musique lors de la bataille Mutara Nebula et le 3 mai pour répondre aux changements apportés à l'épilogue du film qui avait été jugé trop sombre par les spectateurs lors des séances test. 7
La musique est mixée par le vétéran Dan Wallin, qui a travaillé sur plus de 500 films au cours de sa carrière. C'est un des quatre principaux ingénieurs du son avec lequel James Horner travailla. Leurs premières collaborations furent sur The Lady in Red (1979) et The Hand (1981), ils travailleront ensemble sur une douzaine de projets (48 HRS, Gorky Park, Star Trek III…).
Pour l'anecdote, Craig Huxley a utilisé son invention le Blaster Beam, instrument électronique qui se présente comme une longue poutre métallique de plus de 5 mètres (12 à Pieds) avec de nombreux fils tendus. La pression ou le pincement des cordes avec les doigts, des bâtons, des tuyaux de divers formats produisent un son sombre et sinistre très distinctif. Jerry Goldsmith l'avait déjà employé sur Star Trek The Motion Picture (1979) et James Horner l'avait repris pour Battle Beyond The Stars (1980). Pour Star Trek II, il fut utilisé lors de la séquence vidéo qui présente le projet Genesis.
 
Durant l'enregistrement James Horner a dû effectuer quelques changements pour s'adapter à la nouvelle durée des scènes après l'intégration des effets spéciaux ajoutés au fil des jours par ILM.
« Il y a eu pas mal de fois où j’ai été rappelé sur une séquence que nous avions chronométrée, en demandant à changer les durées parce qu’ils ne pouvaient pas utiliser le plan à effets spéciaux prévu, ou parce qu’ils l’avaient étendue ou l’avaient remontée. » 6
Selon le compositeur, l'un des principaux, sinon le principal problème rencontré sur Star Trek concerne l'hymne « Amazing Grace ».
« Je n’ai jamais voulu l’utiliser. J’ai supplié, supplié, « S’il-vous-plaît, n’utilisez pas ‘Amazing Grace’ ». Ce fut la seule bataille du film que j’aie perdue. Ils avaient tous l’air de penser que Amazing Grace serait la seule chose qui puisse les contenter. C’étaient 15 secondes, et je l’ai fait. Ça avait déjà été tourné, et je devais être d’accord. » 12
« Star Trek avait un calendrier de production contraint, ils devaient sortir le film le 4 juin, et ils ont commencé le travail sur la bande-son le 9 avril. Je devais livrer la musique pour le 15 avril. Ils avaient validé le montage quatre semaines auparavant, et ils tiraient encore les plans à effets spéciaux pendant que je composais. C’était un calendrier très serré. Nicholas montait le film au fur et à mesure qu’il tournait, montant la nuit et tournant la journée. Hollywood ne procède habituellement pas comme ça, mais le film s’avérait formidable. Chaque séquence que je mettais en musique finissait dans le film. Il y avait une partie que j’ai voulu enlevée. C’était après que Kirk surprend le Reliant, le touche avec les torpilles à proton, et Scott porte l’homme mort jusqu’au pont. Chacun sur le pont ferme les yeux, et ils coupent sur l’Enterprise, « voguant au gré du vent ». J’avais prévu une musique douce-amère pour ce plan. Je voulais la jouer très fantomatique, très, très doucement, après tout le vacarme de la bataille. Et nous avons finalement coupé la musique à ce moment. Ça marche merveilleusement. Maintenant l’Entreprise tourne simplement en silence. C’est vraiment superbe ». 12
L'écoute de Star Trek II: The Wrath of Khan conforte l'idée que James Horner a réussi à imprimer très tôt sa marque personnelle sur ses films, même si comme nous l'avons vu précédemment, l’influence qu’exerçait le talent du grand Jerry Goldsmith était considérable.
La solide culture classique de James Horner l’attire irrémédiablement vers les plus grands, il lui semble vite évident que la musique la plus passionnante peut se trouver du côté de compositeurs qui eux aussi ont eu une solide formation et un talent indéniable pour la musique appliquée au drame. Et, cerise sur le gâteau, un monde original.
Avec Jerry Goldsmith, la recherche sonore, le timbre instrumental original, qui donne une personnalité à un film, est en effet une préoccupation constante. Tous les grands compositeurs ont eu cette obsession (pensez à Maurice Jarre), mais Jerry Goldsmith a été le plus loin en la matière. Ses audaces ont été rarement égalées.
Nous pensons par exemple à l’utilisation de trouvailles instrumentales comme le blaster beam (très présent dans le dernier tiers de Star Trek II), ou une multitude de percussions accompagnant les thèmes majestueux de l’Enterprise ou d’Ilia, ou encore les textures mystérieuses du monde de Vulcain et de Spock, celui de V’Ger…

Dans la partition monumentale de Jerry Goldsmith pour Star Trek The Motion Picture (1979), il y a une dimension romantique, disons « mahlérienne ». Pour Star Trek II, budget oblige, la dimension est plus modeste. Mais l'exploit du jeune compositeur de 28 ans est justement là car il nous fait oublier qu’il dispose d’un budget et d’un orchestre moindres !
Ce n’est peut-être pas un hasard si la première symphonie de Mahler, Titan, est suggérée dans les premières mesures de la partition, tel un clin d’œil du compositeur pour nous dire qu'il va lui aussi nous emporter dans son sillage. L’orchestration fait également référence au compositeur viennois dans l’utilisation des cuivres et des vents (Main Title, Enterprise Clears Moorings.)

D’autres références sont par ailleurs évoquées. Celle de Prokofiev tout d’abord : chez Jerry Goldsmith elle sert de substrat au monde des Klingons (Klingon Battle – la même que l’on avait demandé à James Horner d’imiter dans Battle Beyond The Stars en utilisant toujours le blaster beam de Craig Huxley). Chez James Horner elle sera évidente lors des scènes de bataille entre Khan et l’Enterprise (Surprise Attack, Battle in the Mutara Nebula), surtout dans les passages « col legno » ou les arpèges de cordes. On pense beaucoup à certains passages (récurrents chez James Horner) d’Alexandre Nevski.
Pour Star Trek The Motion Picture, Goldsmith a eu la mission d’établir à la fois une géographie musicale (la musique des Klingons, de la Fédération, des Vulcains, de V’Ger) et des liens musicaux personnels (en adaptant le matériau cité précédemment aux personnages et à leurs scènes, en établissant de façon centrale un lien entre Ilia et Decker).
Il donne aussi une vision romantique de l’aventure spatiale, loin des froideurs d’un 2001 ou d’un Alien. James Horner n’avait donc plus à établir de géographie, mais à renouveler l’univers en même temps que Nicholas Meyer (univers nautique, références aux films marins ou sous-marins) et surtout à établir des connections entre les personnages, car ce second chapitre est centré essentiellement sur le drame entre personnages, plus proche du théâtre classique que Meyer affectionne tant, plutôt qu’une scène grandiose de l’espace porteuse de thèmes philosophiques.
« Le matériel lié au méchant, les effets spectaculaires, les poursuites, tout cela fonctionne par soi-même parce que c’est visuellement époustouflant. Ce qui devait émerger à la surface plus que le fil du récit, c’est la profonde affection qui se produit entre les deux personnages, Spock et Kirk, et c’est vraiment ce sur quoi je me suis concentré. Ça a fini par fonctionner par hasard pour l’établir de cette façon parce que ça cimentait quelque chose qui n’était pas là dans le premier film, ça cimentait à grande échelle ce qui n’existait pas dans la série télé. C’était toujours implicite. J’ai essayé de mettre en exergue cet aspect dans le film. » 10
Autre compositeur cité par James Horner, un de ses préférés, Benjamin Britten : les quatre interludes pour orchestre sont cités lors d’un gros accord de l’orchestre (Kirk’s Explosive Reply) ou de la fameuse séquence de Genesis Countdown qui sera reprise dans le final flamboyant de Cocoon(1985).
Enfin dans une moindre mesure, on retrouve par petites touches la présence de Bernard Herrmann, présence qui infuse fortement celle de Jerry Goldsmith. Nous pensons notamment à Vertigo et à ses motifs hypnotiques, à l’importance des cuivres et ce son massif qu’ils produisent comme dans Voyage au Centre de la Terre. Ce matériau sera fondamental pour caractériser le mystère voire l’angoisse que suscite la « créature » V’Ger.
James Horner évoque cette figure du « style Herrmann » dans Kirk’s Explosive Reply ou dans Genesis Countdown lors des surgissements de cuivres qui font contraster un tutti dans le très aigu suivi d’un tutti dans le très grave. Idée musicale que James Horner reprendra l'année suivante dans Krull (1983).
 
 
Dans Star Trek II les thèmes sont très nombreux et ont chacun un rôle bien précis.
« Je crois que vous deviez avoir 2, peut-être 3 thèmes au maximum dont le public peut suivre l’acheminement, et donc c’est important que ces 3 thèmes soient vos thèmes principaux et après il peut peut-être y avoir un motif ou deux qui soient très courts mais qui racontent d’autres choses. Et les thèmes sont de longues mélodies alors que les motifs peuvent être courts et percutants» 3
« Le score est conçu pour aider à créer un sentiment d’extrême vitesse et de puissance pour l’Entreprise. » 12
« Il y avait un thème que j’ai composé pour Kirk (ce thème nautique, au son cuivré), un thème séparé pour L’Entreprise, et ces deux thèmes sont interconnectés, Kirk et l’Entreprise qui n’en font qu’un. Il y a un thème très étrange, très éthéré pour Spock. » 12
 
Enterprise Clears MooringsStar Trek II: The Wrath of Khan – Original Soundtrack by James Horner
© 1982 Paramount Pictures, under license to FSM Retrograde FSM-80128-2
 

Une des différences majeures, au-delà du budget de la production et du style du compositeur, tient dans le désir de transformer le thème principal en un thème qui ne soit pas solennel, martial ou hiératique comme dans Star Trek The Motion Picture, mais qui évoque l’aventure populaire nautique d’un Horatio Hornblower. Le thème est donc plus fluide, son contour est plus courbe que carré. Et du coup s’avère plus dans la veine de James Horner que celle de Jerry Goldsmith.

« Le réalisateur Nicholas Meyer voulait quelque chose qui évoque la mer, quelque chose qui donne le sentiment du vaste espace d’un océan, et j’ai essayé d’y parvenir sans être trop littéral.   6
« Le producteur Harve Bennet aurait probablement été plus à l’aise si j’avais réutilisé le matériel issu de la série télé, mais j’ai choisi de ne pas le faire et Nick (Nicholas Meyer) m’a suivi sur ce coup. Ils ne voulaient pas répéter le thème de Star Trek. Ils voulaient un nouveau thème. Nick voulait qu’il soit nautique, comme je vous le disais, aussi ne voulaient-ils pas de réutilisations ou de références à Star Trek. C’était de l’histoire ancienne. Alors nous avons dû proposer un nouveau thème qui devait être très musical et mémorable. » 3
Cahier des charges oblige, le thème de la série originale devait toutefois être intégré, mais James Horner le juge trop daté et en fera un usage partiel et minimal, pour mieux épanouir son matériau original et imprimer sa marque :
« Et bien, j’étais probablement un peu plus rebelle que Jerry ne l’était. J’ai refusé d’utiliser le thème d’Alexander Courage. Honnêtement, c’est un air typique de son époque et j’avais l’impression qu’il n’avait pas l’ingrédient émotionnel que je voulais extraire. » 3
« Je ne pensais pas qu’il y aurait une place pour ça dans le film. J’ai dit que j’y réfléchirais.» 12
« Au début, je n’allais pas le faire, et puis j’ai commencé à écrire la musique et j’ai trouvé un moyen d’incorporer une partie de la fanfare dans ma musique, et ça marche très bien. » 6
« J’ai travaillé de sorte à utiliser la fanfare de Star Trek, que j’ai utilisée quatre ou cinq fois. J’ai toujours voulu l’utiliser, en vérité. A l’opposé du premier film Star Trek, je le voulais dès l’origine, à partir du moment où le rideau s’ouvrait, pour accrocher le public, pour lui dire qu’ils allaient effectivement voir Star Trek. » 12
« Je sentais que c’était très important pour Star Trek de relier de la sorte les personnages et le vaisseau que tout le monde connaissait. Le public semble aimer ça. Quand ils entendent la musique pour la première fois, ils se mettent à applaudir ! » 6
« Et il n’y a que deux choses qui puissent être faites pour ça, soit l’Enterprise, soit la fanfare ‘Star Trek’. La fanfare vous entraîne immédiatement – vous savez que vous êtes sur le point de voir un bon film. » 12
Une des séquences les plus enthousiasmantes est celle du départ du vaisseau Enterprise, on retrouvera ce même enthousiasme du compositeur, peut-être encore plus beau, dans Star Trek III. Dans une telle séquence, l’orchestre peut s’exprimer pleinement, le compositeur a carte blanche pour occuper l’espace sonore, on sent une véritable jubilation à composer et à épanouir la musique sans les contraintes habituelles du mixage sonore.
« L’une de mes séquences préférées de Star Trek était de voir [l’Enterprise] dans sa cale sèche [dans l’espace]. J’ai trouvé la séquence tout simplement incroyable. Cette toute première envolée depuis la cale. Et j’ai dû écrire une séquence vraiment longue pour raconter cela, j’ai voulu rendre ça parfaitement car je trouvais que la séquence, visuellement parlant, était parfaite. La musique fonctionne d’une façon particulière. Je voulais que cela évoque un navire et que cela sonne aussi vieux-jeu et classique que possible, et aussi majestueux que possible. Ce n’est pas tant de la musique dont je suis fier. C’est l’ensemble de la séquence lorsque vous la regardez. Et je me dis toujours que vous ne devriez pas être conscient de la musique. Ce dont je suis fier c’est de l’alliance des deux, le fait d’être en admiration devant cette séquence tandis que les images et la musique fonctionnent ensemble au point de rendre le moment spectaculaire, cette longue séquence de 12 minutes de la sortie de la cale. C’est une séquence absolument formidable. » 3
James Horner fait référence au style musical de la série télé, dans He Tasks Me, Brainwashed, Captain Terrell’s Death, Buried Alive où l’on retrouve cette même utilisation des cuivres ou des cordes et une écriture dissonante qu'Alexander Courage ou Fred Steiner avaient instaurées dans les premiers épisodes, donnant une identité musicale si particulière – et si appréciée par son inventivité – à la série.
James Horner s'amuse même à citer un thème d'Alexander Courage à 2:18 dans The Eels of Ceti Alpha V / Kirk in Space Shuttle. Il peut être entendu dans le coffret Star Trek The Original Series Collection Soundtrack au début de Prime Specimen (The Cage).
« Il y avait certaines façons dont le drame avait été traité musicalement dans la série télé. A certains endroits du film, j’ai essayé de jouer avec ça. Dans la séquence où les chenilles Ceti sont introduites dans les casques, Khan dit « C’est mieux. Maintenant, parlez-moi de Genesis… » . A ce moment-là, vous pouvez entendre une lyre étrange très aigue. Et les cordes sont doublées par les percussions et des instruments électroniques. Cela constitue une permutation très étrange du thème d’amour de la série télé Star Trek. C’est une sorte de clin d’œil bizarre de ma part. Très peu de gens le reconnaissent, mais c’est le genre de chose qui me fait sourire quand je l’entends. Je l’ai peut-être trop distordu, de sorte que personne ne la reconnait plus maintenant. » 12
Pour incarner la folie meurtrière de Khan, James Horner se réfère à un matériau qu’il avait déjà exploité pour les créatures de Wolfen (1981) et qu’il exploitera faute de temps quelques années plus tard dans Aliens (1986), une forme de staccato orchestral qui gagne en puissance et qui, comme le thème du requin dans Jaws (1976), signifie l’approche et la permanence du danger. James Horner confère cependant à ce motif musical une plus grande ampleur symphonique que le motif « animal » de John Williams. Ce court sujet musical est d’abord présenté lors de la découverte de Khan sur Ceti Alpha V par les trompettes, après l’instauration d’un climat angoissant de dissonances créées par les trompettes, le cor, les flûtes et les cordes.
 
Surprise AttackStar Trek II: The Wrath of Khan – Original Soundtrack by James Horner
© 1982 Paramount Pictures, under license to FSM Retrograde FSM-80128-2
 
« Khan ne bénéficiait pas d’un thème long. Khan avait un thème violent, une sorte de motif guerrier que j’ai fait aux cors d’harmonie. Mais cela aide à faire en sorte que vous sachiez immédiatement qu’il s’agit de la musique de Khan, c’est court et distinctif, et ça joue contre le thème de l’Enterprise, qui possède une longue ligne mélodique. Je voulais que ce soit vraiment quelque chose de fort qui évoque la guerre, et selon moi le cor d’harmonie incarne ça en termes de couleur. Pas les trompettes. Mais en termes de puissance pure… je pense que les huit cors d’harmonie ont fait le tour. C’était une chose avec laquelle je pouvais jouer, un son bref pour exprimer la puissance. Ce n’était pas à proprement parler un thème, c’était juste un motif pour Khan et alors, je pouvais y arriver, et donc lorsque le plan s’enchaîne sur Kirk, vous pouviez avoir le thème de Kirk, très simplement de sorte que ces poursuites pouvaient très facilement être axées sur des thèmes car il y avait beaucoup de musique lors des batailles… c’était incessant. Et je devais trouver un moyen d’exprimer musicalement qui était quoi, à qui étaient les vaisseaux, et lequel était endommagé, lequel était indemne. Cela permettait de savoir comment la bataille évoluait et je pense que c’est quelque chose de très important lorsque vous avez de longues séquences de batailles. Sinon c’est juste de la musique d’action. » 3
« C’est une espèce de sous-texte menaçant, une musique très calme qui représente sa folie avec retenue, ce qui aura un effet inquiétant sur le public. Quand il est impliqué dans des combats, la musique devient sauvage et païenne. Il se passe beaucoup de choses dans ce film, et par le biais de la musique, vous pouvez soutenir l’histoire tout du long. Vous pouvez illustrer la façon dont les personnages s’estiment en un instant avec un thème belliqueux ou avec un thème amical. » 11
Concernant Spock, James Horner garde de Jerry Goldsmith l’ambiance « exotique » que ce dernier avait composée pour les Vulcains. Mais il s’agit cette fois d’un thème pour le personnage lui-même, qui évoque sa spiritualité et sa sagesse. Les couleurs instrumentales si particulières (on pense aux « rub rods » d’Emil Richards) sont confiées principalement au synthé et aux flûtes dans le registre aigu.
 
 Enterprise Clears MooringsStar Trek II: The Wrath of Khan – Original Soundtrack by James Horner
© 1982 Paramount Pictures, under license to FSM Retrograde FSM-80128-2
 
« Le motif associé à Spock est un thème très obsédant, très différent de tout ce qu’il y a d’autre dans le film, mais interprété à travers des instruments conventionnels. Cela souligne son humanité plus que son origine extra-terrestre. En mettant un thème sur Spock, cela le rend plus chaleureux et lui donne du relief plutôt que de le borner à une série de mimiques. » 11
« Spock n’avait jamais eu de thème avant, et je voulais lui en donner un pour relier ‘Genesis’ et ‘Spock’ à la fin du film, de sorte que tout cela signifie quelque chose. » 12
Le matériau musical le plus beau, le plus surprenant et le plus attachant dans cette partition hollywoodienne, c'est peut-être celui composé pour Genesis. On l’entend chronologiquement tout d'abord dans Genesis Cave avec de longues nappes d’accords qui évoquent le génial György Ligeti. Il est ensuite développé dans Genesis Countdown lorsque le processus Genesis est enclenché. Ce thème élégiaque d’une grande noblesse que James Horner a composé pour cette genèse de la vie dans l’espace, se mêle abondamment au thème de Spock et permettra une superbe introduction dans Star Trek III.
« Ce n’est pas le thème crescendo aux cordes à la Stravinsky qui évoque la création du monde auquel vous pourriez vous attendre. C’est plutôt grandiose. Il y a de grands accords orchestraux soutenus qui changent lentement et imperceptiblement. La plus proche comparaison que je puisse faire serait probablement des passages de 2001, l’Odyssée de l’Espace. Il y a une texture agréable, mais ça ne dure pas longtemps. » 11
Nous ne nous attardons pas à l’utilisation de Amazing Grace par la cornemuse écossaise et son arrangement contraint et forcé par James Horner, il s’agit d’une telle fausse note dans le reste de la partition que cette bourde de cinéaste parle pour elle-même…
« Malgré le calendrier de production très serré et la « malédiction » des cornemuses, Star Trek II est le projet le plus agréable sur lequel j’aie participé (en 1982, ndr). Tous – Harve Bennett, Bob Sallin, les acteurs – ont été des collaborateurs formidables. » 12
L’enthousiasme suscité par le générique final résume tout le plaisir que James a eu à travailler sur ce projet et la qualité de ses relations professionnelles et artistiques. Il a pu avec ce film gagner sa place dans le panthéon de Star Trek et n’a pas à rougir de son travail par rapport à l’icône Jerry Goldsmith. Aujourd’hui encore cette partition est une des préférées du corpus de James Horner, même chez ceux qui ne sont pas sensibles au travail qu’il produira dans les années 90. Elle inspirera toute une jeune génération de mélomanes et de compositeurs qui tiennent cette partition en haute estime, comme John Ottman.
Les succès publics de Star Trek II: The Wrath of Khan et de 48 HRS, les deux productions confiées à James Horner par Joel Sill, vice-président du département musique pour Paramount Pictures, ont été décisifs pour la suite de la carrière du compositeur.
Il suffit de compter le nombre de commandes l’année suivante en 1983 !
Avec Star Trek II: The Wrath of Khan, le successeur de Jerry Goldsmith a prouvé encore une fois qu’il travaillait vite et bien et que les producteurs pouvaient miser sur lui. Jusqu’ici son talent et son efficacité, l’absence de partition rejetée et sa capacité à manœuvrer dans le milieu du cinéma lui assurent un sans faute. James Horner ne le rappelait que très rarement mais il vient du milieu du cinéma par son père.

Même si la carrière musicale classique à Londres l’a éloigné de ce milieu hollywoodien, il n’a pas eu, semble-t-il, de mal à s’y replonger et à en comprendre les ficelles après ce choix radical d’abandonner l’enseignement et les commandes « publiques » pour les aléas et les hasards de la commande commerciale de l’industrie des mass médias.

 
*****
Star Trek III
Quand il s'est engagé sur Star Trek II, James Horner n'imaginait pas qu'une suite directe allait être envisagée et que sa participation serait requise pour assurer une continuité musicale entre les deux épisodes.
« Quand je faisais Star Trek II, il n’y avait pas de Star Trek III. Star Trek III a été envisagé pendant la fin de la production, j’ai dû changer la musique de la séquence finale de Star Trek II et ils ont modifié le montage pour le faire coïncider avec le début de Star Trek III et ça m’a été fort utile. Pour moi, Star Trek II c’était une histoire sentimentale entre Kirk et Spock et ça a vraiment payé effectivement dans le film suivant. Je recherche toujours ce genre de choses dans les films que je fais. C’est une sorte de marque de fabrique de mon écriture. » 3
La mise en route imminente de Star Trek III n'a pas empêché James Horner de s'engager dans une multitude de projets. En effet le succès de Star Trek II lui a ouvert de multiples portes faisant de l'année 1983 une des plus prolifiques de sa carrière où se mêlent grosses productions (Brainstorm, Krull, Gorky Park, Something Wicked This Way Comes) et films plus intimistes (The Dresser, Testament). Il déclare d'ailleurs préférer les projets plus confidentiels.
« Dernièrement, j'ai essayé de faire plus de petits films, plus de films doux plutôt que ce genre de blockbuster épique parce que j'aime ce que je peux faire avec un petit film. Je trouve cela plus intéressant que ce que je peux faire, en général, dans un grand film. » 13
Pour honorer la promesse faite au producteur Harve Bennet de composer la suite de Star Trek II si elle était réalisée, James Horner accepte donc de retrouver l'équipage de l'Enterprise meurtri par la disparition de Spock.
 
 
Lors de ses longues et nombreuses discussions avec Harve Bennet et le nouveau réalisateur et célèbre interprète de Spock, Leonard Nimoy, James Horner avait convenu du caractère romantique et sensible de cet épisode. Ce qui plut forcément au compositeur.
« J'avais vingt-sept ans et demi quand j'ai écrit Star Trek II et maintenant j'ai trente ans. Il y a donc eu beaucoup de temps et de musiques qui sont passés et je pense que le score pour Star Trek III possède des tas de choses infiniment meilleures que Star Trek II . C'est juste un score plus intéressant, plus beau et émotionnel. » 13

C’est une chance d’entendre ces thèmes sous un jour nouveau, celui de Genesis notamment et de Spock qui ouvrent magistralement le film après un accord de l’orchestre et du blaster beam (qui sera un superbe tutti de l’orchestre sur l’album). Ce mélange de sérieux et de mysticisme du lien humains / Spock contraste parfaitement avec l’humour grotesque représenté par les Klingons. Les matériaux de l’Enterprise et des Klingons s’affrontent par le montage dans le film et permettent un contrepoint très intéressant pour le compositeur, qui approfondit une technique expérimentée dans Star Trek II avec l’Enterprise et Khan.

« J’utilise quelques thèmes et je les retisse différemment. » 13

L’aspect « barbare » esquissé par Jerry Goldsmith dans la scène d’ouverture de Star Trek The Motion Picture qui met en scène les Klingons, sous l’ornière de Prokofiev, revient en force avec des phrases chromatiques, cousines des motifs de Khan entendus deux ans auparavant.

« C'est percussif et atonal. Je ne sais pas de quoi on qualifirait ça. C'est certainement très différent de tous les autres thèmes. Ce film traite beaucoup des Klingons, donc il y a beaucoup de musique associée aux Klingons. » 13

Klingons Star Trek III: The Search of Spock – Original Soundtrack by James Horner
© 1984 Paramount Pictures, under license to FSM Retrograde FSM-80129-2
 
Toutefois James Horner enrichit son orchestre par un ensemble de percussions et l’utilisation surprenante du serpent (que Goldsmith avait utilisé lui-même dans Alien) avec les cuivres dans le registre grave, ce qui donne un son formidable, massif et brutal. Cette puissance est d’ailleurs mieux mise en valeur dans l’album. L’aspect « Prokofiev », c’est-à-dire un sens du grotesque que savait si bien composer le génie russe, est présent dans ce matériau, pour mieux souligner l’ironie d’une scène ou caractériser les personnages, comme dans Grissom Destroyed.L’aspect émotionnel du film, voire mystique, a permis une écriture plus élégiaque, plus mystérieuse. Un des moments les plus forts de la partition est celui composée pour le rituel du Katra. La montée en puissance de l’orchestre, « vers le ciel » ou « le monde des esprits » (disons les registres hauts !) rappelle quelques moments sublimes de Brainstorm (1983) composé l'année précédente. Ici, les percussions ajoutent une couleur particulière au monde vulcain (The Mind Meld, The Katra Ritual). Il s’agit du moment-clé du film et celui de la partition, un sommet émotionnel qui donne à l’orchestre toute sa place dans la bande-son !
 
 
A l’image du film, l’humour est présent comme dans le second score (Nick Meyer avait sérieusement changé le ton de Star Trek pour lui substituer plus d’humour et de décontraction par rapport au sérieux du premier film). Il est intéressant de noter que le clin d’œil introductif au duel à l’épée de Roméo et Juliette de Prokofiev (La Mort de Tybalt) dans Stealing The Enterprise a été considérablement atténué dans le film mais a été conservé dans l’album. Cette phrase très rapide des cordes, comme une locomotive lancée à pleine vitesse, annonce les petites touches d’ironie qui accompagnent cette formidable scène, qui doit conjuguer le suspense, l’ironie et au final l’aspect grandiose du vaisseau qui quitte précipitamment la station spatiale. Une véritable gageure, qui permet de dépasser la thématique plus simple de Enterprise Clears Moorings dans le deuxième épisode. Ici la lecture se fait à plusieurs niveaux et la musique est conséquemment plus riche.
James Horner approfondit le clin d’œil humoristique avec ce fil rouge qui sous-tend le film dans le dernier tiers (A Fighting Chance To Live, Genesis Destroyed) où les références à Roméo et Juliette du même Sergeï Prokofiev reviennent donner une dimension tragique et romantique à Star Trek !
« Star Trek, c’est ce que c’est. Ce ne sera jamais un cadeau des dieux à l’humanité, jamais. Et Star Trek est aussi le genre de projet pour lequel le studio, pour le meilleur ou pour le pire, ne dépensera jamais 50 millions de dollars pour sa fabrication non plus. Ils ont un budget et certaines contraintes. J’estime que Star Trek III est le meilleur de tous les films Star Trek. Il est fait avec plus de sensibilité, en un sens, que les autres. Il est l’œuvre de quelqu’un qui connait plus que quiconque intimement les personnages de Star Trek, excepté peut-être Gene Roddenberry. Le fait que Leonard Nimoy ait réalisé le film lui donne un éclairage intéressant, ce qu’il n’y aurait jamais eu avec quelqu’un d’autre. Ça a été fascinant de travailler avec lui. » 13

The Search for Spock marque la fin de la saga Star Trek version James Horner.

« Ce qui m’attire dans le fait d’écrire de la musique de film, c’est que chaque projet se révèle complètement différent du précédent. J’aurais pu choisir de faire un autre Star Trek ou deux ou trois autres parce qu’on me l’a bien sûr demandé, mais ça ne m’intéressait plus après avoir fait ces deux-là. » 14
Avec deux partitions, le compositeur a gagné ses galons dans ce monde si particulier créé par Gene Roddenbery et plus encore dans celui du cinéma populaire de science-fiction. Star Trek II et III restent encore à ce jour des partitions très appréciées. Plus que pour le deuxième épisode, James Horner a prouvé avec The Search for Spock qu’il savait aller au cœur émotionnel d’un film, quel que soit le sujet. L’émotion qui ressort de cette partition est donc plus profonde et plus belle, le sujet et sa mise en scène aboutissant à une musicalité supérieure.
 

Article écrit par David Hocquet et Jean-Baptiste Martin
Remerciements à Javier Burgos, John Andrews, Olivier Soudé, Nick Martin, Chodisetti-Ravi Chandra Shankar, Christian Lauliac, Yves Taillandier et Kjell Neckebroeck
 

Sources :
1 – Bafta Guru: A Conversation with James Horner (2015)
2 – CinemaScore, issue # 11/12, 1983; interview by Randall D. Larson
3 – Documentary “James Horner: Composing Genesis” – Star Trek II: The Wrath of Khan (Restored) [Blu-ray] (2010) – Paramount Pictures
4 – Interview with James Horner by Didier Leprêtre,. Dreams to Dream … 's 1998.
5 – Star Trek II, excerpt from CinemaScore, issue # 10, Fall 1982; reviewed and interviewed by Randall D. Larson
6 – Deconstructing Dad: The Unfinished Life and Times of Jerry Goldsmith, by Carrie Goldsmith
7- Bond, Jeff; Kendall, Lukas; Kaplan, Alexander (2009). Star Trek II: The Wrath of Khan Expanded Original Motion Picture Soundtrack (Media notes). Retrograde Records. p. 5.
9 – Bond, Jeff (1999). The Music of Star Trek. Lone Eagle Publishing Company. p. 105. ISBN 1-58065-012-0.
10 – James Horner reveals the story behind five of his classic film scores – Interview by Sophie Monks Kaufman – Little White Lies – 30 April 2015.
11 – Anderson, Kay (1982). "'Star Trek II: The Wrath of Khan': How the TV series became a hit movie, at last". Cinefantastique 12 (5-6): 50–74.
12 –James Horner – New Melodies for the Starship “Enterprise” By Tom Sciacca – Starlog number 63 October 1982

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