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JAMES HORNER FILM MUSIC | mai 22, 2017 |

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MUSIQUES D'HOLLYWOOD PAR L'ORCHESTRE NATIONAL DE LYON

MUSIQUES D’HOLLYWOOD PAR L’ORCHESTRE NATIONAL DE LYON
James Horner Film Music
Par Brigitte Maroillat
 
Il y a des moments uniques, des états de grâce que seule la musique peut faire éclore quand elle nous est offerte avec art. Le concert donné le 24 novembre 2011 par L'Orchestre National de Lyon (ONL) touche à cette perfection et fait résonner en nous, encore longtemps, les accents tout à la fois héroïques, chevaleresques, guerriers, romantiques, inquiétants des œuvres de quelques uns des maîtres de la musique de film. Parmi eux, James Horner fut particulièrement à l’honneur puisque pas moins de trois de ses scores ont été programmés, faisant de lui le compositeur le plus fêté dans cette mémorable soirée.
La musique de film trouve ainsi une place a part entière dans la programmation de l'Auditorium de Lyon sous l'impulsion de son nouveau directeur musical, Leonard Skatkin. La formation symphonique lyonnaise était comme orpheline depuis le départ d’Emmanuel Krivine, qui lui avait donné ses lettres de noblesse. Ce dernier a en effet fait de l’O.N.L., au fil des ans, un orchestre majeur de la scène nationale et internationale. L’Auditorium peine, depuis, à trouver un nouveau chef à la hauteur de cette réputation chèrement acquise. Tous les espoirs reposent désormais sur Leonard Slatkin, qui d’emblée marque de son empreinte la programmation de cette ère nouvelle en imposant les musiques de film comme pièces de concert et non pas seulement comme support musical inspiré des ciné-concerts, une tradition en terre Lyonnaise, berceau des frères Lumière et des premiers pas balbutiants du Septième Art.
 
Leonard Slatkin est une figure bien connue des mélomanes. Élève de Jean Morel à la Julliard School, chef d’orchestre de dimension internationale, il s’est illustré tant dans la musique de concert que dans l’Opéra (il fut l’un des prestigieux chefs du Métropolitain Opera de New York). Il a également orchestré de nombreuses musiques de films et a collaboré notamment avec Howard Shore, Alan Silvestri, Randy Newman et Michael Kamen. Il est actuellement le directeur musical de l’Orchestre de Détroit et préside, depuis septembre 2011, la destinée de l’O.N.L.
Sa connaissance de la musique de film, qu’il souhaite offrir à son auditoire Lyonnais comme un art musical à part entière, conduit tout naturellement le chef d’orchestre à concocter, pour ce premier concert, un programme riche et original, qui se distingue de ce qu’il nous est habituellement donné d’entendre. Comptant sur l’oreille avertie du public l’Auditorium, Monsieur Slatkin  a choisi des œuvres surtout connues des amoureux de la musique de film. En effet, nuls clichés musicaux éculés dans ce programme, mais des scores exigeants.
 
A la tête de l’O.N.L. dans une formation restreinte de 80 musiciens, Ludwig Wicki officie comme à son habitude dans une direction d’orchestre survoltée. Le chef d’orchestre Suisse Allemand n’évolue pas ici en terra incognita. La musique de film est une passion qui l’a conduit sur les chemins d’une collaboration durable avec Howard Shore, Randy Newman et Martin Boticher. Il s’est surtout illustré, à la tête de diverses formations musicales internationales,  dans une direction inspirée et dynamique du Seigneur des Anneaux, qu’il a promené aux quatre coins du monde. Et c’est à Lyon qu’il achèvera d’ailleurs ce périple musical en juillet 2012 avec l’ultime volet de la trilogie mythique. 
 
 
Pour l’heure, le chef insuffle son énergie naturelle à un florilège de partitions choisis avec soins pour un concert en tous points réussi. Entamant ce périple musical sur les chapeaux de roue, l’ONL nous entraîne sur les rivages du Hollywood de l’Age d’or et confère aux partitions méconnues de Miklos Rosza (Quo Vadis, Moonfleet) une amplitude et une rythmique euphorisante qui conviennent à merveille aux scores titanesques du compositeur. Les sections cuivres et percussions se répondent dans un dialogue électrique tandis que les cordes s’illustrent dans des love themes à faire fondre les moins sensibles.
Nous passerons vite sur le Rebecca de Franz Waxman qui reste difficilement accessible en dehors des images du film et de surcroît, à mon sens, particulièrement marqué  par le sceau des années. Plus étonnant et détonnant, Le Septième voyage de Sinbad de Bernard Herrmann.  Nous sommes ici à mille lieues des ostinati de cordes obsédants chers au compositeur, avec lesquels il a tétanisé des générations d’auditeurs dans ses scores à suspense. Ici, Herrmann se la joue Rozsa avec des accents épiques, héroïques, grandioses, et mélange subtilement musique symphonique et sonorités orientales sur une rythmique endiablée. L’O.N.L. nous livre une interprétation survoltée – cuivres, percussions et vents voguent toutes voiles dehors – qui clôt ainsi de manière magistrale la première partie de ce voyage musical.
 
 
La seconde partie du concert s’ouvre de manière surprenante sur l’Excalibur de Trevor Jones, qui marque ici un trait d’union entre la musique de l’Age d’or et les compositeurs de l’ère moderne qui ont donné un second souffle à la musique de film. Pétrie de sublimes anachronismes, la partition est un mélange entre sonorités actuelles et musique purement médiévale amenant l'orchestre à s'étoffer, comme dans l'enregistrement original du compositeur, à l’aide d'instruments d'un autre temps, dont une flûte à bec, une vièle et un psaltérion. Pour tous ceux qui connaissent bien l’œuvre du compositeur et qui n'ont jamais entendu le score autrement que sur un vinyl craquant, ce fut un pur bonheur d'assister à une telle interprétation. Igrayne's dance, The Lady of the Lake et End Credits prennent alors une toute autre dimension. L'Auditoire s’est montré à la fois étonné et émerveillé à l'écoute de la musique de Trevor Jones le magicien. Ses thèmes musicaux, véritables filtres envoûtants, ont su capturer l'attention du public qui se trouve ainsi déjà acquis à la cause du reste de la programmation. 
L'O.N.L. enchaîne ensuite sur une série de scores évoluant autour d'un thème commun: la Nation américaine, qui s'inscrit parfaitement dans le cycle de concerts entamés par  ailleurs par Leonard Slatkin consacré à l’Amérique musicale qu'il aime. Les trompettes de Né un 4 Juillet de John Williams retentissent  soudain et l'O.N.L. tisse alors le tissu orchestral somptueux du Main Title. Un grand moment du concert, pendant lequel l'émotion qui saisit le public fut particulièrement palpable. L'auditoire retient son souffle dans un silence respectueux. Les solos de trompettes  et le rythme lent de ce Main Title constituent un contrepoint magnifique au déchaînement orchestral des scores précédant l'intermède médiéval jonesien. La musique de John Williams transporte l'auditoire et lorsqu’elle se tait, elle laisse place à un long silence, preuve de son impact émotionnel, avant que n'explose une salve d'applaudissement méritée.
Après le poème solennel de John Williams, retour à une rythmique trépidante avec le Air Force One de Jerry Goldsmith. L'orchestre s'enflamme de nouveau sur les accents martiaux et patriotiques du score, avec un Ludwig Wicki s'agitant avec une belle énergie sur son estrade. Une oeuvre dans le plus pur style de Jerry Goldsmith interprété avec la verve et l'énergie qu'il convient et qui, là encore, suscite l'enthousiasme du public.
Puis, s'arrimant à des rivages plus calmes, l'orchestre aborde le moment tant attendu par les Horneriens de l'assistance avec Deep Impact, qu'il nous est donné d'entendre sous la forme d'une suite réunissant A Distant Discovery, The Wedding et Goodbye And Goodspeed. L'O.N.L. plonge alors avec délectation dans les envolées de cordes chères au compositeur, ces élans horneriens qui provoquent les frissons et convoquent l’émotion. La formation lyonnaise nous emmène ainsi sur les sommets de la musique de James Horner avec une partition écrite à la fin des années 90, période prolifique. Pour les auditeurs présents qui connaissent l’œuvre du compositeur, cette escalade de l'O.N.L. sur les monts de la réussite hornerienne fut sans doute un pur bonheur.
L'orchestre nous entraîne ensuite sur les ailes musicales d'Aviator de Howard Shore. Nous connaissions surtout de ce compositeur la partition pour Le Seigneur Des Anneaux, le reste de ses compositions ayant une notoriété plus confidentielle. Le morceau choisi, H1 Racer Plan, a donc permis d'éclairer l’œuvre de Shore sous un jour nouveau, tout en surprenant agréablement l'auditoire. En effet, les violons lumineux et impeccables de l'O.N.L. ont conféré à ce titre des accents baroques à la Purcell assez réjouissants.
Pour clore ce volet consacré a la nation américaine, le programme revient alors en territoire jonesien avec un chef d’œuvre du compositeur, Thirteen Days, un score composé pour un film relatant l'épisode de la crise des missiles de Cuba, pendant la présidence de John Kennedy. L'O.N.L. restitue à merveille le tissu orchestral somptueux de cette partition. A l'instar de Born in Fourth July, l’auditoire a retenu son souffle et s'est laissé porter par la grandeur et la noblesse qui caractérisent la musique de Trevor Jones. Là encore, il a fallu quelques minutes à l’auditoire pour se remettre de son émotion avant de gratifier l’O.N.L. de chaleureux applaudissements. C’est sur cette partition magistrale que s’achève la deuxième partie du concert.
La troisième partie nous offre une programmation inhabituelle qui s’articule autour du thème de la figure du héros américain, qu’il soit une légende du sport, une éminence grise des mathématiques, un cow-boy de l’ouest ou un alpiniste intrépide. Pour illustrer ces personnages symboles, d’ingéniosité et d’intrépidité, vont se déployer devant nous les notes inspirées de Randy Newman, James Horner, John Williams et Trevor Jones.
Randy Newman entraîne l’O.N.L. sur les traces de Roy Hobbs, légendaire joueur de baseball des années 50.  Sa musique nous enveloppe dans un voile à la fois nostalgique et héroïque. Des cordes lyriques, des cuivres espiègles et une clarinette en liberté aux airs jazzy qui nous rappellent à quel point l’Amérique est un vaste territoire, une porte ouverte sur tous les possibles.
Puis vient le moment tant attendu par les Horneriens : l’évocation musicale du Professeur John Nash à travers l’une des plus belles partitions du compositeur (A Beautiful Mind). L’O.N.L. nous offre pour notre plus grand plaisir une suite composée des morceaux A Kaleidoscope Of Mathematics, Teaching Mathematics Again, The Prize Of One’s Life, ainsi qu’une version instrumentale de All Love Can Be. La virtuosité des cordes,  les incursions d’une harpe fugueuse et les gammes d’un piano inspiré donnent  ici de nouvelles couleurs au score, étonnantes mais bien venues. Un moment musical apprécié par le public si l'on en juge à sa réaction enthousiasme. 
Nous retrouvons ensuite les grands espaces avec John Williams pour une partition qui n’a pas habituellement les honneurs des salles de concert : The Cow-boys. Le verbe musical du compositeur, animé de ses déchaînements orchestraux, va comme un gant à l’épopée du Far West, avec toutefois des passages un peu kitsch qui nous rappellent que la partition a été composée dans les seventies. L’O.N.L. et son chef survitaminé s’en donnent à cœur joie et nous livrent une version électrisante de cette oeuvre. C’est avec la même belle dynamique que la formation lyonnaise aborde les sommets vertigineux du Cliffhanger de Trevor Jones.  Les cordes s’envolent sous l’impulsion dynamique du chef qui sublime une partition déjà grandiose. L'orchestre emporte l’enthousiasme de l’auditoire qui réserve un tonnerre d’applaudissement à l’O.N.L. ; il aura fallu pas moins de quinze minutes à l’Auditorium pour retrouver son calme pour faire place au dernier score du programme.
Il est ainsi revenu l’honneur à James Horner de clore ce fabuleux voyage à travers 60 ans de musique de film avec Avatar. Évidemment, nous pouvions nous attendre au sempiternel War et une fois de plus le programme nous surprend par son caractère novateur.  Point de War donc, mais une suite composée de Pure Spirit Of The Forest, The Bioluminescence Of The Night, Jake’s first flight, et une version instrumentale de I See You. L’orchestre rend à la partition de James Horner un vibrant hommage en abordant ses meilleurs titres et fait ainsi de ce final de concert l’un des plus mémorables auquel j’ai assisté.
Ce concert, qui s'est incontestablement distingué par son programme inhabituel, inaugure avec brio l’entrée de la musique de films en tant qu’œuvre à part entière dans le temple de la musique classique de la Cité des Gaulles. Elle ne se donne plus seulement à voir, comme accompagnement inspiré de l’image, elle se donne désormais à entendre, le ciné-concert traditionnel n’étant plus son seul moyen d’expression en terre lyonnaise. La musique de film nous donnant désormais rendez-vous en solo, tel est le pari de Monsieur Slatkin. Un coup d’essai transformé en coup de maître, à en croire la réaction enthousiaste du public présent ce soir là.
Merci au photographe David Duchon-Doris ( http://d.cube.free.fr/ ) pour nous avoir gentillement autorisé à reproduire ici ses photos prises durant le concert.