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JAMES HORNER FILM MUSIC | septembre 20, 2019 |

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DANGER IMMEDIAT : LES INÉDITS DANS LA LIGNE DE MIRE

DANGER IMMEDIAT : LES INÉDITS DANS LA LIGNE DE MIRE
Jean-Baptiste Martin
La réédition de Clear and Present Danger par Intrada est une véritable surprise. En effet, l'essentiel de la partition ayant été édité par Milan en 1994, année de la sortie du film de Philip Noyce, nous n'avions jamais imaginé voir débarquer une édition complète de la bande-originale. Après les nombreuses sorties en 2009 des bandes originales écrites pour Walt Disney Pictures (Something Wicked This Way Comes, Honey I Shrunk The Kids, Natty Gann) et celle bienvenue de In Country il y a quelques mois, la création de ce double cd pour Clear and Present Danger confirme l'affection que porte le label Intrada envers le compositeur James Horner.
Comme l'explique dans le livret le producteur Douglas Fake, cette édition se justifie notamment au travers des morceaux de la dernière partie du film (après Second Hand Copter) qui n'étaient pas présent sur l'édition de Milan. Il faut reconnaître que l'un d'entre eux, Woodroom/Finale, qui accompagne la séquence de sauvetage en hélicoptère, vaut vraiment le détour. Faut-il pour autant réduire l'intérêt de cette édition à ce seul morceau ? Pour répondre à cette question, intéressons-nous aux autres inédits qui jalonnent les deux disques.
 
Il suffit d'étudier la liste des morceaux de l'édition de 1994 pour constater que finalement seules les grandes étapes de l'adaptation de la fiction imaginée par Tom Clancy y étaient présentes. Ainsi l'écoute complète de la partition écrite par James Horner a pour avantage de restituer la progression narrative de l'histoire.
Tout d'abord, cette nouvelle édition rétablit toute la mise en place du récit avec sept nouvelles minutes qui séparent à présent le morceau introductif du stimulant Operation Reciprocity. Cette mise en bouche a pour effet de consolider l'ambiance sombre propre aux techno-thrillers de Tom Clancy. Le compositeur réutilise logiquement quelques idées qu'il avait déjà employées dans l'opus précédent (Patriot Games) afin de représenter le milieu du renseignement américain.
Les éléments celtiques évoquant l'IRA dans le film de 1992, tels que la whistle de Tony Hinnigan et la voix de Maggie Boyle, laissent ici place à la flûte de Kazu Matsui. Cette dernière se détache de son origine japonaise pour évoquer simplement mais efficacement les flûtes indigènes d'Amérique du Sud qui suivront tout au long de la partition les actions autour des cartels de drogue colombiens. Cette évocation fait son apparition dans President's Mission, morceau qui prolonge les couleurs orchestrales du premier morceau, puis sera reprise dans Cortez arrives In U.S. autour de notes de piano habituées aux thrillers de la même époque (Class Action, Unlawful Entry). Ce piano suivant la relation intéressée du colonel colombien corrompu Felix Cortez avec Moira Wolfson, secrétaire au F.B.I., il reviendra lors du morceau Moira's Fatal Call Phone.
 
 
Jack's New Office propose quant à lui des réminiscences de Patriot Games (Putting The Pieces Together, Electronic Battlefield) afin d'illustrer l'ambiance peu joyeuse qui entoure l'arrivée du personnage principal Jack Ryan comme Directeur Adjoint au Renseignement en remplacement de son ami James Greer, atteint d'un cancer. Nous retrouverons plus tard cette froideur dans le déjà connu Looking For Clues et sa reprise lors des bonus du second disque.
L'intrigue finit de se mettre en place autour des synthétiseurs inhospitaliers de Greer signs Memo et de Jack Briefs FBI President qui créent une atmosphère anxiogène propice aux manigances qui se jouent dans le dos de Jack Ryan.
Ne comptez pas sur les quatre nouveaux morceaux qui viennent s'intercaler entre Operation Reciprocity et le mythique Ambush pour modifier la trajectoire prise par le début du premier disque. En effet, le trio Blow Up Narcotics Plane / Try Lindo Brand / Fire In The Hole continue d'illustrer l'action centrée sur les trafiquants de drogue en Colombie à partir du couple synthétiseurs / flûte. Certes dans le film la mission est accomplie, la musique facilite le dépaysement, seyant parfaitement au cadre exotique sud-américain et participant activement à la tension des certaines situations (Laser-Guided Missile, Escobedo's New Friend), mais il faut bien avouer qu'en écoute isolée cet aspect de la partition est la moins stimulante de tous. Difficile d'en vouloir au compositeur qui n'a eu que quatorze jours pour écrire une heure et demi de musique.
 
 
Le morceau Casket Arrival n’apparaît pas entièrement dans le film. Tout comme Chavez Sees Prisoners sur le deuxième disque, il pourrait se résumer à une nappe tendue de synthétiseurs de laquelle quelques notes se détachent : un motif qui sera répété plus tard dans Greer's Last Hospital et le motif menaçant au cor de quatre notes du premier morceau (Main Title/Clear And Present Danger à 2'16) sous une forme presque imperceptible, fantomatique. La seconde moitié du morceau qui devait accompagner l'arrivée des cercueils suite à l'embuscade en Colombie est remplacée dans le film par le deuxième mouvement Largo de la Symphonie n° 9 « Du Nouveau Monde » d'Antonín Dvořák.
 
Le premier disque se termine avec les inédits Cortez Is Watched et Greer's Last Hospital. Ces deux morceaux développent le même motif à six notes symbolisant la corruption au sein du bureau présidentiel. Dans le premier, sa tonalité se veut très sombre pour accompagner les négociations entre le Colonel Cortez et James Cutter, le conseiller à la sécurité nationale. Dans le second, le motif se fait glacial pour suivre la dernière visite de Jack Ryan au chevet de son ami Jim Greer, mourant.
 
 
Le deuxième disque possède son lot de pistes déjà connues : Greer’s Funeral/Betrayal, les Escobedo's New Friend part 1 et 3 et Second Hand Copter.
Les nouveautés ne sont toutefois pas en reste puisque Cortez Kills Escobedo enclenche dix minutes de musique d'action non-stop inédites qui regorgent de vivacité, un peu à la manière des musiques qui suivront à la fin des années 90 (The Mask Of Zorro, Mighty Joe Young). Woodroom/Finale est le joyau flamboyant de ce final. Tous les ingrédients pour un dessert idéal sont réunis : quelques secondes de suspense que nous retrouverons dans Flightplan, suivies d'un combat cuivré et rythmé du plus bel effet, un thème de bravoure cousin de l'élan mélodique conclusif de Thunderheart, une suspension musicale digne héritière de Bishop's Countdown (Aliens) et enfin une conclusion apaisante typiquement hornerienne basée sur la répétition de même notes par des instruments différents. Il serait exagéré de dire que ce morceau épatant justifie à lui seul l'achat de cette édition mais sachez qu'il s'inscrit parmi les meilleurs morceaux d'action du compositeur.
 
 
Cette édition d'Intrada parfaitement produite a le mérite de présenter l'intégralité de la musique pensée par le compositeur dans un ordre chronologique. La pause entre les deux disques est idéalement placée après Deleting The Evidence, morceau entraînant qui prolonge le merveilleux Sneakers. Les informations du livret sont très complètes et le mixage proposé révèle les moindres détails de la partition. Si vous n'avez pas l'album sorti en 1994, vous profiterez en plus des nombreux mais inégaux inédits, d'un superbe et valeureux thème principal puis de morceaux stimulants comme Operation Reciprocity, Second Hand Copter ou encore l'énorme Ambush. Bref, encore un beau cadeau de la part d'Intrada.
 
Remerciements chaleureux à Regina Fake.

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